cette viduité superposée à celle de l’été

j’hésite entre deux phrases,
ensuite, j’hésite quant à la manière de dire comment j’hésite,
il me semble que cette manière-ci ressemble à une ancienne phrase,
je ne veux pas vérifier, mais je suis presque sûre,
je prends alors une autre direction, je me mets en mode S (sport),
je peux passer les vitesses (le moteur vrombit dans les lacets, etc.)

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cette viduité superposée à celle de l’été,
je ne l’ai pas complètement inventée, seulement un peu transformée,
il semble que j’aie cessé d’hésiter entre deux phrases,
que décidément j’aie choisi l’une au détriment de l’autre,
pourquoi ? parce qu’elle était faible (ou qu’elle émouvait ?),
parce que j’hésitais encore sur la manière d’agencer ses constituants ?

je n’exclus pas le mot griffée par exemple,
je n’exclus pas le mot ronce, pourtant je n’ai pas choisi cette phrase-là :
la chair griffée par la ronce,
une chair fragile, d’un sein, la nuit,
lorsque la ronce griffe sous la lune pleine,
griffe, agrippe la rondeur blanche de la chair aussi blanche que la lune

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sur la page, venues ensemble, l’une cependant plus petite que l’autre,
mais ensemble, posées, imparfaites, sans aucun rapport,
restées ensemble plusieurs jours et plusieurs nuits,
les deux phrases indécidables (mains jointes derrière le dos),
dans l’attente du sort qui leur serait fait, ont observé leur délai,
et rien ne s’est passé commé prévu, mais rien ne l’avait été, non plus

 

C’est un peu comme si l’on posait au-dessus d’un trou vide, par compensation, une coupole vide ;
comme la viduité sublime n’est que l’agrandissement de la viduité ordinaire,
il est en fin de compte bien naturel qu’à une époque où l’on vénère les personnalités succède une époque
où l’on tourne carrément le dos à tout ce qui sent la grandeur et la responsabilité.
Robert Musil, L’homme sans qualités

de la langue française, mot(s)

il est dans les hésitations, dans les limbes
il a des contours flous, des drapés diaphanes,
il emprunte des mots souvent courants, il en perd d’autres,
à un moment il a la tête penchée,
pour un texte, c’est bizarre, il se penche sur amour,
il l’a rêvé, puis l’a mis à la corbeille, d’un geste délibéré,
ensuite, pris de remords, il l’a recherché,
rien ne se recherche, a pensé ce qui pensait sans glisser
il a bien vu que penser et pencher, il a vu, entendu
c’est courant, il n’a pas couru, il a continué,IMG_20160607_132113
il est bien sous sa douche de mots penchés
il les savonne sans glisser, il prend des précautions,
il en faut, pour un texte qui se pense,
mais pas trop, il ne faut pas trop travailler,
il n’est pas une pâte, un texte n’est pas une pâte,
où est amour, il l’a rêvé puis mis à la corbeille,
sans penser à rien, ou bien il l’a dit à quelqu’un
qui n’a pas entendu, le seul mot qu’il n’utilise pas
aurait-il dit dans son rêve ou bien ailleurs,
la corbeille est vide, le texte a disparu
il est dans les limbes, dans des drapés diaphanes

(une autre fois, il sera question de bonbon)

pour que je te voie, le mot

ils viennent pour qu’il y en ait un et un seul –
rudes et se bousculent, depuis le port vétuste

leur ennui brouillon viennent étouffer –
se séparent au seuil des maisons colorées

Robert Berény , 1928


une volute occupe seule l’espace là-bas

sinon une canne et un chapeau : un homme marche

 

il n’est de forme que haute : son haut-de-forme
et ces rues pentues que l’ombre découpe, brute


©Robert Bereny, 1928

 

ils viennent, encore, pour qu’il n’y en ait qu’un,
drus serrés comme semés avec irraison

des engins de levage aux pattes fines, bleus,
jaunes ensemble, pour que je te voie, le mot