de la langue française, mot(s)

il est dans les hésitations, dans les limbes
il a des contours flous, des drapés diaphanes,
il emprunte des mots souvent courants, il en perd d’autres,
à un moment il a la tête penchée,
pour un texte, c’est bizarre, il se penche sur amour,
il l’a rêvé, puis l’a mis à la corbeille, d’un geste délibéré,
ensuite, pris de remords, il l’a recherché,
rien ne se recherche, a pensé ce qui pensait sans glisser
il a bien vu que penser et pencher, il a vu, entendu
c’est courant, il n’a pas couru, il a continué,IMG_20160607_132113
il est bien sous sa douche de mots penchés
il les savonne sans glisser, il prend des précautions,
il en faut, pour un texte qui se pense,
mais pas trop, il ne faut pas trop travailler,
il n’est pas une pâte, un texte n’est pas une pâte,
où est amour, il l’a rêvé puis mis à la corbeille,
sans penser à rien, ou bien il l’a dit à quelqu’un
qui n’a pas entendu, le seul mot qu’il n’utilise pas
aurait-il dit dans son rêve ou bien ailleurs,
la corbeille est vide, le texte a disparu
il est dans les limbes, dans des drapés diaphanes

(une autre fois, il sera question de bonbon)

pour que je te voie, le mot

ils viennent pour qu’il y en ait un et un seul –
rudes et se bousculent, depuis le port vétuste

leur ennui brouillon viennent étouffer –
se séparent au seuil des maisons colorées

Robert Berény , 1928


une volute occupe seule l’espace là-bas

sinon une canne et un chapeau : un homme marche

 

il n’est de forme que haute : son haut-de-forme
et ces rues pentues que l’ombre découpe, brute


©Robert Bereny, 1928

 

ils viennent, encore, pour qu’il n’y en ait qu’un,
drus serrés comme semés avec irraison

des engins de levage aux pattes fines, bleus,
jaunes ensemble, pour que je te voie, le mot