et le ciel gris-noir
à peine séparé de l’aube
changer le ventilateur
pour le petit radiateur
tournant de la saison
au retour la ville si vieille
(…)
il me manquerait des gestes
les gestes sont intervenus
se sont intervertis
. & disparus .

écrire et ne pas écrire : ce mouvement
et le ciel gris-noir
à peine séparé de l’aube
changer le ventilateur
pour le petit radiateur
tournant de la saison
au retour la ville si vieille
(…)
il me manquerait des gestes
les gestes sont intervenus
se sont intervertis
. & disparus .

et puis supprimés, les mots, tout supprimé
des titres informés aussi, comme :
où Gabriel découvrit la plante magique
(et ainsi de suite de la continuité des chapitres)
ce où qui signifie à la fois le lieu et le moment
ouvrant toutes les ouvertures sous la couverture
……………………………monde…………
succession de crises majeures
y vivre encore
où et quand (et jusqu’à quand) ?
roulant dans le paysage
& lorsqu’il s’aplanit
le reconnaître comme bienfait

Le temps : j’étais dans ma salle de bains, et j’ai regardé la serviette de pieds, c’était juste avant que je la prenne, que je la dépende (elle est en hauteur, suspendue, pincée à un barreau circulaire en hauteur), et j’ai pensé à toutes ces années ou plutôt à tout ce temps qui s’est écoulé depuis que j’existe, depuis très très longtemps toute cette espèce d’impression de coagulation, que je ne comprenais pas,
où était parti le temps, je ne comprenais pas en regardant cette serviette de bain pour les pieds, cette serviette de pieds, je ne comprenais pas où était passé le temps, où était parti le temps.
La verticalité de la serviette qui n’est pas une serviette, mais je ne sais pas comment ça s’appelle, cette verticalité figurait tout le temps passé depuis que je suis née, c’était pas un immeuble c’était une serviette, c’est-à-dire quelque chose de mouvant ; parce que le temps n’est pas rigide, n’est pas fixe, mais la serviette, qui est un morceau de tissu, pendu verticalement, peut représenter verticalement, peut représenter ce temps qui a disparu.

Combien reste-t-il, durant quoi je ne ferai à nouveau rien ? (…) Maintenant-enfin, maintenant il va enfin se passer quelque chose, et alors est-ce qu’enfin je vais pouvoir me débarrasser de moi ? (…)
En fait, je pourrais vraiment très bien vivre sans moi, à bien y penser.
Elfriede Jelinek, Winterreise, extraits du chapitre 3
un deux trois j’irai dans les bois
quatre cinq six cueillir des cerises
sept huit neuf dans mon ?
neuf…
neuf…
neuf ?
est sera neuf ?
plus rien ne
plus rien de neuf
neuf heures vite
aller dans les bois
cueillir des ?

pas faute de
pas faute de maximes
de maximisation
d’adverbes d’adjectifs d’advenir
pas faute d’y être
pas faute d’en être
pas faute d’en trouver le centre le nerf
pas faute d’entraver quoi que ce soit
à ce qui rime ce qui arrive ce qui
mais l’écart toujours jamais
l’écart entre ce qui est et ce qui se dit
entre ce qu’eux disent et ce que
sentent
communément
ceux qui
entre ceux qui
décrivent
et ceux qui
geste jamais fini
balancé le bras là-bas
balancé loin comme fuite
balancé comme
impuissance latérale
impuissance définitive
le bras ni long ni court
balancé
d’avant-garde de garde

À l’avant-veille de ses 69 ans (l’âge que j’ai aujourd’hui),
mon père (un scientifique humaniste mort 20 ans plus tard, en 2023)
écrit ceci dans l’un de ses carnets :
26 août 2003.
(…) la canicule et le récent scandale de l’hécatombe des vieux.
Nous aurons vécu un drôle d’été, si l’on peut dire, comme si soudain le temps s’était arrêté, ou le climat se serait figé, sur un pointe extrême de température, chaude, très chaude, que même des populations méridionales n’auraient jamais connues.
Un temps suspendu, les portes du four ouvertes, pour ne pas dire celles de l’enfer si on se laissait aller à y croire.
Plus prosaïquement à travers les medias, la recherche d’explications orientée vers les modifications climatiques résultant de l’effet de serre ou des méfaits du progrès.
Des météorologues, des physiciens, des intellectuels, ont manié l’hypothèse, tentant de l’accréditer, s’appuyant plus ou moins sur des données quantitatives statistiques.
Et nous sommes déjà situés dans la prospective. Que seront les prochaines saisons, l’hiver qu’on nous promet très froid, et les étés qui viendront encore plus brûlants ?En fait, tout brûle, cela a commencé tôt dans l’année, avec les mouvements sociaux autour des projets de réforme d’institutions telles que l’Éducation, la retraite.
Toutes propositions rejetées fermement, voire avec violence, par les intéressés. Puis le problème de l’indemnisation des intermittents ayant pour conséquence l’annulation de maints festivals et non des moindres.
Chaude aussi la proximité des incendies, ici même à Manosque, dans notre colline des Spels, et en Provence tout autant et plus fort encore. Incendies dont l’origine criminelle est fortement suspectée et quelquefois avérée.
Et puis le monde en flammes dans ce Proche et Moyen-Orient qui n’en finit pas de convulser sous les assauts antagonistes et répétés de fondamentalismes islamiques d’un côté, et libéro-évangéliques de l’autre, le tout sur fond de relents pétroliers.
On peut continuer la liste en prenant comme angle de vision d’autres parties du monde : Asie, Afrique, Océanie, etc.Pour couronner le tout, voici le symptôme majeur que l’on découvre à compter du 10 août ici en France :
”L’hécatombe des vieux”
Plus fort encore ? Non, je ne trouve pas. Il faudrait reprendre la presse des deux dernières semaines :
”La canicule qui tue !”, etc.
Au début, cela apparaît comme un bruissement, somme toute plausible. Il y a eu de nombreux décès, surtout dans la population la plus âgée, résultant de la déshydratation ou de la détérioration d’états de santé déjà déficients. Rien que de très normal.
On n’y prête pas trop d’attention, surtout si on n’est pas touché dans notre environnement proche.
Puis le bruissement enfle, devient signal, alarme, par la déclaration d’un responsable d’association des urgentistes, le Dr Pelloux.
Encore là, le chiffre est abstrait, on cherche à le comparer à quelque chose, à confronter le phénomène à quelque chose de connu. Un jour c’est fait. Nos méthodes d’investigation scientifiques cartésiennes permettent de publier des cartes (de France avec températures), et des graphiques permettant de corréler courbe de température ambiante (diurne-nocturne) et augmentation du nombre de décès par rapport à l’an dernier.
Puis arrive la phase de la recherche des responsabilités et l’heure des polémiques, politiciennes notamment.
Nous en sommes là. Mais avons-nous pris la mesure véritable du fait, du symptôme devenu en lui-même événement ? Soit :Nos vieux, nos aînés, nos parents, meurent, disparaissent sans qu’on s’en s’en soit aperçu, ou soucié.
Tout alors est remis en suspension, en question : le lien familial, la solidarité intergénérationnelle, la responsabilité de l’État en matière de prévention et de santé publique.
Au-delà des faits, du symptôme, que pouvons-nous dire d’une société, nous-mêmes, qui ignore ses aînés au point de les laisser mourir, et, de surcroît, dans de nombreux cas, sans sépulture ?
Cette société est en train de perdre ses repères, ses lois, sa loi humaine. Ou bien découvre-t-elle soudain et avec grand fracas, que l’humanité de l’homme ne serait qu’une fiction ?
Qu’en est-il des valeurs prônées par nos philosophies et religions occidentales, du Bien et du Mal, du respect de l’autre ?
Sommes-nous entrés dans un nouveau malaise de la civilisation ?Sur le trajet qui mène l’homme, de l’animalité à l’humanité, où nous situons-nous et dans quel sens véritablement évoluons-nous ? Vers le haut et en progression ou bien sommes-nous en train de régresser à grande vitesse ?
David Msika (1934-2023)
