ce serait une vieille lune une lune toute ridée une lune riante mais ridée qui aurait vieilli avec moi qui irait se coucher tôt s’étalant sur le matelas comme entre deux pages avec la couette par-dessus
l’argent tiramisu aucune IA n’écrira jamais comme moi même jamais c’est trop tard et si tard que pourraient les ingrédients fondre en bouche si tard qu’ils ébauchent et trébuchent le dessert ils le ratent faramineux déficient
ce fut l’avant cesse l’avant chantonne l’enfantine ce fut l’avant cesse l’avant ses roues à aube sur le Mississipi et tutti quanti qu’aucune IA jamais n’imitera
la fille d’une femme qui court, sais pas pourquoi, cherche pas à savoir, cherche à savoir, sais pas, être la fille d’une femme qui court, être la fille d’une femme qui court est une difficulté de la vie courante, de la vie courante qui ne court pas tant que ça,
mais ce n’est pas le sujet, le sujet est : « être la fille d’une femme qui court », ou bien « femme qui court », le sujet, une femme qui court, il y en a plein,
là encore, aucune issue, je ne suis pas la fille de toutes les femmes qui courent mais d’une seule,
qui suffit à ne pas aimer ce fait, cette activité, non pas en soi, parce que courir n’a rien mais rien à voir avec une femme qui court dont je suis la fille,
et plus cette femme court, plus je suis sur place, plus je suis contemplative, plus je suis aux antipodes, plus je ne cours pas, moins je cours,
pourtant je courus, je courais, j’étais une athlète, je courais le cent mètres très rapidement, je courais de courtes distances, courantes
27 juillet ! : la fille d’une femme qui court, la fille d’une femme qui tricote, la fille d’une femme qui marche, qui fait du vélo, qui fait du jogging, qui grimpe sur les montagnes, qui
12 août 15 qui chasse les rats, à 79 ans passés
autre version, 5 septembre 2018
la fille d’une femme qui court,
être la fille d’une femme qui court est une difficulté de la vie courante,
de la vie courante qui ne court pas tant que ça,
et plus cette femme court, plus je suis sur place, plus je suis contemplative, plus je ne cours pas, moins je cours,
pourtant je courus, je courais, j’étais une athlète, je courais le cent mètres très rapidement, je courais de courtes distances, couramment.
Léon Bonnat, Autoportrait, 1860 (don au Petit-Palais, Paris)
La vue du lac, est-ce un but ? Dès que je suis sur le lac, je ne suis plus dans cette idée caressée du lac : la réalité est plus rude (voix du guide, par ex.), le lac est réduit par son décor. J’aurais plaisir à y nager s’il faisait beau, ce n’est pas le cas ; et même quand je nage dedans je préfère l’écrire. L’intérêt d’être sur et dans le lac tient à ce que je peux l’écrire.
(…)
30 juillet 2019
À l’Institut de Recherche Robert Musil, je consulte ses Journaux. Dans la préface, Adolf Frisé indique : (…) l’acte d’écrire est plus important que l’œuvre, l’acte d’écrire est l’œuvre. et aussi, Philippe Jaccottet : Musil prenait volontiers des notes dans plusieurs cahiers à la fois.
Novembre 1932, Robert Musil : Est bien écrit ce qui vous paraît, au bout d’un certain temps, étranger ; impossible à refaire.
[Ce jour, je termine un roman, que j’espère voir publié, et cette note de Musil, que je fais mienne, est parfaitement adaptée à ce jour.]
J’ai un peu froid, dit la dame On va y aller, dit son mari
La mer reste là mais s’éloigne. Il ’y a plus rien d’intéressant du côté de la mer. Je vais regarder mon feuilleton, dit-elle, comme si elle pouvait dire quelque chose.
Le bruit de la mer : enfin l’entendre. L’écouter de surcroît.
Le bruit des pages du cahier voletant avec le vent : avec le bruit de la mer en superposition, de petits claquements sur fond de rumeur.
18 mai 2019
regarde enfin la mer bruire si près
une longue sirène de bateau dans la brume
la mer inlassablement
la plage déserte (deux corneilles hideuses)
air marin, doux, luminosité
la mer et son bruit près
La mer, ce moment café
La mer entame son recul.
capture de video, « Formes ouvertes », Institut suédois
la procédure fait peur je suis devant le mur, devant la cascade, devant le pont tu es forcément devant quelque chose et : dos à quelque chose facile : dos au mur
le vide creusé par les deuils et éloignements est acquis il n’y a plus personne ou presque mais il reste le langage, toujours, le secours en montagne le secours devant l’abîme dos au mur
il n’y a pas rien, facile, l’empoigner, le vider d’abord le vider puis l’empoigner tu fais le geste avec la main rapace qui replie ses serres sur l’air
au creux – parce qu’il y a un creux – nécessairement au creux de ton ventre – parce qu’il y a un ventre et des viscères – en ce creux que tu nommes vide existe une vie secrète
la serre des doigts et les viscères du ventre forment ou conforment, plus exactement, ce qui, dans le langage, ne m’échappe pas, m’appartient en propre : vider et empoigner ce signifiant absent.