une gouttière sur la façade…

 

signe de l’infini au lieu des points d’indécision
(pourquoi comment quand oublier le piano)

il y a le feu
le feu est dans la cheminée
le feu heureux le feu statistique
le feu qui démange le dos le feu abrupt

une gouttière ou pas
sur la façade au milieu une descente

des points d’indécision
aux moments stratégiques de tendre le bras

dans l’encre bleu mystère
se gorger de passé simple & composé

la stabilité des objets la chérir
comme le goût du persil sur le brocoli

une gouttière ou pas sur la façade
des points d’indécision à l’infini ce serait fini (?)

[lancer la conversation]

 

? et littérature (l’autre mot a disparu, absorbé dans les replis de la mémoire, il ressemblait possiblement à « confiture », sauf s’il s’agit d’une reconstruction, et la plupart du temps, hélas, il s’agit d’une
reconstruction)

au bout de la vie il y a le rouleau, affirme le père, mystérieusement mais aussi familièrement, comme s’il le connaissait personnellement, ce rouleau

- ce qu’on aimait avant on ne l’aime plus maintenant -

c’est la nuit, on se cause franchement, et nos rires résonnent à cause de l’absence de meubles

on met un mot en l’air, ou quelques mots, on les dépose au bout des doigts, comme une offrande, comme l’offrande qu’on ne sait plus faire, l’a-t-on jamais su, comme l’offrande qu’on ne fait plus, l’a-t-on jamais faite, bref,
comme l’offrande ou pas l’offrande au bout des doigts quelques mots en l’air et basta

(…)
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant.
Jean de La Fontaine, La cigale et la fourmi, 1668

situation telle qu’elle est

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier

examinant les devers & les travers
ruminant davantage pourparlers
aux tables officielles
sautant sautillant ondulant
tel un petit fretin au bout de sa canne

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier

préoccupé lièvre étonné dans le champ au loin
de la vue dégagée se cacher
par bonds successifs impromptus d’Alice
résurgence d’un langage enfoui dans les blés
déjà prématurés déjà grillés

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier
répétant l’inacceptable accepté
répétant l’inertie la lenteur la paralysie
répétant l’impuissance politique
des creusements dévidés
des accents partagés
des inimitables broderies rhétoriques
des chantournements sémantiques
des déraillements insolites

de la cave au grenier
situation telle qu’elle est : apocalypse now
encore un film
encore à voir
encore un peu de la

/// situation telle qu’elle est
de la cave au grenier ///

falbalas inhabitables & surprenants

 

le sens et l’ordre des mots
le sens et l’ordre du temps
l’ordre des choses et leur sens

le sens des plumes et des fleurs
le sens des roses et des jonquilles
le sens de la ligne droite

l’ordre des beautés insignifiantes
le sens des choses laides
le fard des vieilles dames

le silence et son écho
le silence inexistant
le silence qui criaille ou aboie

le sens et l’ordre des mots
l’ordre des mots
le sens de l’ordre.

[un renard bicolore et très intelligent, m’attendait sur une petite route,
et c’est au dernier moment qu’il a disparu dans les fourrés,
non sans m’avoir profondément interrogée de son regard de renard
– une seule lettre d’écart -]

                                                                      ……de quoi fabriquer une langue……

 

café fumant & balcony

 

 

à Sète un type
collectionne
les tapettes à mouches

j’en ai deux une blanche une bleue
j’en ai plein
pas des tapettes

y en a deux elles se coursent
au centre de la pièce
deux mouches

j’en ai plein la tête
des qui passent
des qui fument

pas des tapettes
des contextes
des circonstances

couleurs et formes
vieil avatar chéri
du collectionneur

couleurs et formes
qu’il collectionne
qu’il affectionne

les deux axes
de la tapette à mouches
et des qui fument

dans la tête j’en ai plein
ou deux
qui se coursent à Sète

ou des mouches
ou des contextes
j’en ai plein la tête.

                                                                                                    #backtothestreet, art mural, Paris 2022 (détail)

un vide dans la clé de fa

 

l’écartement entre les choses
se manifeste par l’écartement entre les tons
dans la voix
dans l’écartement sont liés quelques sons
qui font des phrases et des mélodies

tenter de les décrire or
ce qui est décrit va trop vite pour pouvoir être attrapé
les écartements entre les objets créent des intervalles
comme entre les cordes du violoncelle
dont on joue amoureusement

l’écart entre les choses et les cordes
l’écart entre les sons
la liaison des sons entre eux
si lente à se déterminer
produit un syntagme musical

l’écartement entre les choses posées
fait surgir le vide dont on se soutient
c’est à dire qu’on ne soutient rien
et qu’à tout moment on bascule
dans le vide des interstices

qu’il y faut beaucoup d’obstination pour occuper
les vides qu’on ne voit pas
on ne voit que les bornes
qui comme un pas japonais
font qu’on avance vers le fond du jardin.

Art et Language, Three Suprematist Squares, 1965  +  Sortie de secours,  Château de Montsoreau