énoncés bitume, aube & pluie

de sa fenêtre, de toutes ses fenêtres, 4 + 1 dans l’arrondi, elle a vu la scène de la petite place, le vent qui secoue les lumières nées des arbres et de la pluie à cause du réverbère

il est presque 8h, elle s’est réveillée vers 5h30, dehors c’est encore la nuit, la pluie, les arbres doucement bougés par le vent très visibles grâce au réverbère sur la petite place – et la pluie

l’eau de la pluie là-bas sur les lumières fantoches
fait briller le macadam,
l’eau de pluie dispense ses gouttes qui explosent
sur le rebondi du réverbère

plus tard : elle se souviendra de la scène alors que la ville dort encore ;
elle la répètera à un ami au téléphone, sauf si l’autre a beaucoup de choses à lui dire du genre je voudrais quitter la ville,

la scène, petite, serait un décor de film, et rien d’autre /
elle a enregistré les détails, surtout la lumière pluvieuse sur le bitume,
et le vert incroyable de l’arbre /
peu de choses, mais qui font comme une fontaine de choses réverbérables.

like of the like is like
anonyme, siècle vain

÷/÷ configuration d’un interstice ÷\÷



quand l’horizon devient trop long

trop près de l’exactitude

marteau-piqueur

guitare de la grande fille, à terre

Pessoa, l’actualité d’il y a 20 ans

revenir revenir

on a parlé de jardins : à la fin, je la laisse dans un jardin




c’est à dire : soit laisser les trous, soit pas

le temps est lent, et court, le temps court




j’attribue des qualités à des petites cuillères

six qualités ou douze pour six petites cuillères

complexité, régularité, selon des motifs japonais

je pense à d’autres qualités mais soudain je m’en vais




il dit : c’est mauvais quand il y a trop de je

en réponse à une question

je modifie souvent les énoncés, je déplace les termes




enfin, sous les colonnades s’appuyer.

 

ode à ceux qui jubilent en désordre

se retirer
avec le jazz
avec le piano
avec le syncopé
se retirer
avec la trompette
se retirer
avec le trombone
avec le saxophone
se retirer
avec la batterie
avec la certitude
se retirer
avec le rythme
se retirer
avec la voix
avec la voix
avec ce qui perce
avec ce qui pousse
avec les notes
qui montent
qui montent
avec le mode mineur
se retirer
avec les quintes diminuées
avec les septièmes
avec ce qui est connu
avec les débandades
se retirer
avec les descentes
les glissades à genoux
se retirer
avec le brio
avec le syncopé
avec ce qui brille en sourdine
avec les applaudissements
se retirer
avec le contrepoint
avec les figures hardies
se retirer
avec la certitude
avec la grosse caisse
se retirer
avec taper dessus
avec roulements
avec ce qui coince
avec ce qui cherche
avec ce qui sent
se retirer
avec le souffle
avec la sueur
se retirer
avec le chuintement
avec le frétillement
avec ce qui couine
se retirer
avec l’attention
avec l’attente
avec le retiré
avec le ahanement
se retirer
avec la persistance
avec le cri
avec le râle
avec le soupir effréné
se retirer
avec la joie
avec le répété
avec l’accident
avec l’ornement
avec le silence
se retirer
avec scander
avec n’en pas finir
avec rebondir
avec ralentir
avec obstination
avec résolution
avec tourner rond

se retirer
avec panache
avec harmonie
avec grandiose
avec charme
avec tranquillité

se retirer.

poubelle du cours des choses*

 

* sotie en direction de Salvatore Spada,
de qui je reprends la formule en titre.

Discussion dans la cour.

cette fois-ci c’est du sérieux : on a localisé le cours des choses
que dis-tu, Jim ?
on va pouvoir le mettre à la poubelle
tu as la poubelle ?
non, il faut aller la chercher
où, Jim ?
près de la bergerie
tu dis n’importe quoi, on est en ville
et alors ? tu ne la vois pas la bergerie ?
non, Jim, je vois les loups, c’est tout

Plus tard, bien plus tard.

je suis embêté avec Henry Purcell, Jim
c’est pas mon problème
c’est quoi ton problème ?
mettre à la poubelle le cours des choses
tu m’as entendu ? je suis…
oui
oui quoi, Jim ?
Henry Purcell, j’ai parfaitement entendu
il fait partie ou pas, du cours des choses ?
je ne pense pas, je n’ai pas encore analysé les compositeurs

Enfin, comme dans un menuet.

qu’est-ce qu’on fait avec la grammaire ?
d’habitude, tu ne me demandes pas mon avis, Jim
cette fois oui, je réfléchis à foutre l’imparfait dans la poubelle
et le remplacer par quoi ?
par rien, il est mortifère
mais Jim, nous n’avons pas la poubelle !
nous la trouverons, nous sommes invincibles
nous ne sommes pas armés, Jim
non, mais nous sommes le cours des choses
alors, pourquoi nous mettre à la poubelle, Jim ?

autobiographie & meringue

il lui dit / on se dit
on a des chaussures pour marcher
avec nos pieds on marche

on salue jeanne moreau
elle était venue lire duras
à la médiathèque duras

ensuite : on prend un verre ?
elle avait dit de sa voix rauque
jeanne est sous la tombe

on se dit : meringue
la plus dure la plus molle
on préfère plus molle, on rit

duras c’est pour marcher
duras ça marche toujours
elle lui dit : autobiographie

on se dit / elle lui dit
meringue et autobiographie

—> suite de variables para bellum <—

ils veulent vivre : ils partent
vivre ou exister : ils font des différences
leurs oreilles ne sont pas encore agrandies
comme elles le seront beaucoup plus tard
(les oreilles tombent négligemment : elles
présentent un tombé : d’une robe)

vivre n’est pas exister : exister est plus que
vivre, ou l’inverse
la détermination de l’inverse : occupe
une partie de leur temps
(plus tard, l’inversion deviendra un régime
de croisière : la réversibilité)

j’ai été de ceux qui : exister plus fort
que vivre, au plus fort : partir vivre
uniquement deux wagons : partir & vivre
un seul train, plusieurs gares : vers le levant
(vers l’Est, toujours plus vers l’Est :
se situe l’Everest)

de ceux qui ce je : un autre, désigné avec l’index
tendu : toi !
marchant dans ma cuisine : je lèche une glace
sur un banc : je suis entièrement dans ma glace
(cherchée longtemps, elle a fini par me surprendre
dans ma bouche : réfugiée voire blottie)

                            Giorgio Morandi, Nature morte, 1918 (mauvaise photo prise au Musée de l’Orangerie)

les formes se pavanent dans l’espace : nombreuses
et accessibles : choper le jour
pas tous les jours qu’on chope le jour
mais quand on le chope : proverbe pour rire
(dans la parenthèse se réfugier : comme
la glace dans la bouche)

[pour Alexandre B., ce 22 octobre 2020]