les oiseaux chantent et il n’y a aucune solution

les oiseaux chantent, les oiseaux chantent,
je suis dans une prison avec des oiseaux,

enfermée dehors, une prison d’arbres, de soleil couchant, de beauté, de toiles d’araignée,
une beauté comme il y en a peu

 

 

les oiseaux chantent et dans mon esprit règne une confusion,
une grande confusion non pas de mots mais de réalité :
quelque chose à quoi je ne peux rien changer
ah ces oiseaux, ah ces oiseaux sans solution

 

journée à la campagne (trois fois sept vingt-et-un)

j’ai douze ans, je marche, il fait chaud, c’est interminable
je marche, je marche, je marche
à force de marcher, ça m’ennuie moins, mais je persiste à chercher l’ennui
je sens les odeurs des fleurs, bien je ne voie que des feuilles
je tâte quelques feuilles, je me dis tiens ce sont des feuilles
je suis contente d’être contente que ce soit un peu moins chiant de marcher
parce qu’au lieu de soixante j’ai douze, je suis fière d’y arriver, à être contente

j’écris un certain nombre de points tout à fait spécifiques à la situation
j’hésite entre partie de campagne et journée à la campagne
je fais le compte des heures : j’ai passé sept heures à la campagne
les points que j’ai écrits, je ne sais pas ce que je vais en faire
d’ailleurs il semble que je n’en fasse rien
mais on ne sait jamais, ils pourraient me servir
je me laisse instruire par leur rythme

dans les points, il est question d’Agota Kristof : L’analphabète
j’ai lu L’analphabète à la rivière, c’est F. qui me l’a prêté avant-hier
ensuite je n’avais plus rien à lire et j’ai été envahie d’insectes minuscules & noirs
j’ai décidé que je devais repartir à cause des bestioles désagréables
j’ai pensé à des choses que je ne peux pas encore écrire, c’est trop tôt
je dois attendre d’être encore plus vieille pour les écrire
(quand je ne pourrai plus marcher ? peut-être)

chambre 508 un goéland

le poème avait un nom mais rien dedans
l’oiseau, puisque c’en est un, a toqué à la fenêtre
le matin, il était question de son bec jaune
& de son insistance au carreau de la chambre
cinq cent huit, du bruit qu’il a fait, de sa réclamation,
de la hauteur du lit, des rapports géométriques
entre les rectangles respectifs du lit et de la fenêtre,
de leurs dispositions, de l’angle qu’ils formaient,
de leurs différences de nature,
quelque chose
comme opacité et transparence

 

le poème était raté, il avait un nom mais rien dedans
l’oiseau portait le nom de goéland, et s’en est allé
en se dandinant, très lentement
il n’y avait pas de quoi faire un poème et pourtant

du moindre effort (matériau pour une plaidoirie et un epsilon)

Du Moindre Effort, 2017, document écrit et illustré, format A3 horizontal sur papier épais ivoire
avec un peu de grain,
encadré par les soins de Sylvain Sorgato et accroché dans l’exposition collective La Main Invisible des 10 et 11 juin 2017 dans l’atelier de Jérôme Borel
pour La Belle Absente présente *


* Jérôme Borel et la Belle Absente présentent
La Main Invisible sur une idée de Sylvain Sorgato

samedi 10 juin de 16h à 22h & dimanche 11 juin de 14h à 19h
184, rue de Crimée 75019 Paris
avec : Florent Audoye – Vassili Balatsos – Julien Blanpied – Jérôme Borel – Martin Bourdanove – Olivier Breuil – Denis Brun – Alexandre Callay – Christophe Cuzin – Jean-François Demeure – Emilie Duserre – Léa Eouzan – Alexandre Erre – Isabelle Ferreira – Pierre Fraenkel – la Furieuse Company – Louis Gary – Christian Giordano – Christoph Hinterhuber – Corinne Laroche – Gwendal Légo – Julien Lévy – Amélie Lucas-Gary – Oscar Malessène – Cyrille Martin – Vincent Mesaros – Miquel Mont – Édith Msika – Jean Rault – Magali Sanheira – Julie Savoye – Thimothée Schaelstraete – Zukhra Sharipova – Aude Sorgato – Sylvain Sorgato – Jean-Marc Thommen – Emmanuelle Villard

petite production vivrière

Vendredi 9 octobre 2009

Ils sont autour, ils me parlent ; je suis entourée de bons princes. Nous lisons nombre de livres, nous sommes tenus par moult sortilèges, nous n’avons plus peur, nous avançons, fiers, nous dansons des danses compliquées, un tout petit peu rigides, nous voulons le bien des populations. Pour cela, nos colonnes vertébrales doivent être parfaitement entretenues : nous ne devons en aucun cas plier l’échine, en aucun cas travailler.

Sur la grande carte du monde, désormais trop petit, nous piquons des destinations dont nous imaginons sans mal la situation politique. Pas fameuse. Et les princes de hocher la tête. Nous déplaçons les épingles à tête ronde en évitant toute logique. Nous tentons de régler les conflits et attribuons le Nobel de la Paix à un président nouvellement élu, après avoir longuement hésité. Parallèlement, nous attribuons un autre prix à une femme qui n’a pas démérité, mais avec circonspection. Nous n’avons plus aucune confiance et donnons un nom de code à ce prix, que nous oublions aussi vite.

Quand j’éteins la lumière, le soir, les princes disparaissent discrètement, ils ont d’autres rendez-vous.