du moindre effort (matériau pour une plaidoirie et un epsilon)

Du Moindre Effort, 2017, document écrit et illustré, format A3 horizontal sur papier épais ivoire
avec un peu de grain,
encadré par les soins de Sylvain Sorgato et accroché dans l’exposition collective La Main Invisible des 10 et 11 juin 2017 dans l’atelier de Jérôme Borel
pour La Belle Absente présente *


* Jérôme Borel et la Belle Absente présentent
La Main Invisible sur une idée de Sylvain Sorgato

samedi 10 juin de 16h à 22h & dimanche 11 juin de 14h à 19h
184, rue de Crimée 75019 Paris
avec : Florent Audoye – Vassili Balatsos – Julien Blanpied – Jérôme Borel – Martin Bourdanove – Olivier Breuil – Denis Brun – Alexandre Callay – Christophe Cuzin – Jean-François Demeure – Emilie Duserre – Léa Eouzan – Alexandre Erre – Isabelle Ferreira – Pierre Fraenkel – la Furieuse Company – Louis Gary – Christian Giordano – Christoph Hinterhuber – Corinne Laroche – Gwendal Légo – Julien Lévy – Amélie Lucas-Gary – Oscar Malessène – Cyrille Martin – Vincent Mesaros – Miquel Mont – Édith Msika – Jean Rault – Magali Sanheira – Julie Savoye – Thimothée Schaelstraete – Zukhra Sharipova – Aude Sorgato – Sylvain Sorgato – Jean-Marc Thommen – Emmanuelle Villard

dédicace trouée de sempiternelles piailleries

je pense à eux mais je ne fais rien
je pense à elle mais je ne fais rien

je ne pense pas
je pense rien

 

 

 

 

s’il arrive que je pense, je pense
je pense à elle, mais plutôt à eux

je ne fais rien
je continue à ne rien faire

je ne fais pas rien
je fais sans faire

je repense à eux, ou bien à elle
elle, est un personnage

eux, sont des gens
je pense à eux

ce n’est pas vrai
je ne pense à rien

un jour, je penserai,
c’est faux

je n’ai jamais pensé
il m’est arrivé de penser

je ne peux rien faire
je ne peux rien y faire

je ne pense plus à eux
je penserai une autre fois

un jour j’ai été pensée
je n’ai jamais rien pensé

je n’en pense rien, absolument rien
je pense à lui, quelqu’un

quand je pense à eux, je ne fais rien
je n’ai jamais rien fait

je ne pense pas du tout à lui
je pense à elle, personnage

je pense à eux, c’est vous
je pense à elle, c’est elle

je pense à haute voix
j’entends que je pense

je pense encore à eux
c’est souvent que je pense à eux

à ce moment, quelque chose revient

est-ce que la chose était partie ?

une chose est-elle équivalente à quelque chose ?
et ainsi d’une foultitude de questions que la jeune fille se posait ;

puis : tout est ensemble, tout  part d’un coup /
oui, tout part d’un coup, et il faut étaler la pâte sinon c’est indigeste /
étalons

 


étalons comme nous pouvons : courons comme des étalons

étalons-nous, gadin suprême
étalons la pâte comme il a été dit

la linéarité est une nécessité : la course dessine des élégances
que nos traces font persister

à ce moment, quelque chose revient

elles sont toutes si nombreuses et je suis si désespérée

(pour Glenn Gould)

immédiatement elles se martèlent,
et puis retombent, un silence,
la tension du temps, l’exécution, sublime,
justesse revient, revient, revient

bercées en un petit hamac, elles,
et le silence, au pourtour velouté,
un peu de cette couleur que je ne sais nommer,
voile, de l’épais passé, la ferraille tombée

elles, encore, chaleureuses, sans répit
amadouent leurs triolets formés
et les liens, courts, entre deux et trois

divisibles, retiennent dans l’exécution
des accents puissants et pulpeux,
elles, les notes, leurs intervalles

quant au bouche-à-oreille, aux passantes, au passant

on voudrait que ce soit toujours comme ça,
de cette qualité-là, de ce niveau-là,
que quelqu’un parle d’un livre de cette manière-là,
et qu’on l’entende dans cette justesse-là

c’était exactement comme ça, et mieux, et mieux encore,
les paroles des lectrices entendues
durant cette lecture-là, ce soir-là, sur ce livre-là

[remerciements à :
La Passerelle.2, le passant du lieu, Daniel Zanzara ;
Catherine Riza & Julie Grislain-Higonnet, les deux passantes du livre]

que dire de ne pas dire : écriture strangulée ©

tu ne peux pas donner une identité à ce qui n’en a pas
tu ne peux pas dire ces choses-là
tu ne peux pas rester là
tu ne peux rien

que dire de ne pas dire : écriture strangulée ©
que tu conservais en toi jalousement
tu l’aimais cette façon de ne pas arriver à avancer
ce léger ridicule devant ce dire impossible à dire

la confusion qui te fit rougir et ne pas
confusion enfouie entre les lames
des parquets des volets & de leurs nécessités
où les jours percent leur indéfinie continuité

ce qui n’arrive pas n’arrive jamais
il n’y a pas de figure humaine incarnée
déboutés de leur identité
les corps traînent sur l’avenue des petits marasmes

tu touches tu cherches tu tapotes
tu mélanges tu prends tu reviens
tu écartes et encore écartes
tu dissémines tu tries tu puises

la confusion qui te fit verdir et ne plus jaunir
encre jaune qui absorbe le bleu
encre magenta qui absorbe le vert
encre cyan qui absorbe le rouge

les vieux pots fatigués parce qu’il en faut
les antiquités prisées de tes retours
les beautés par tes gestes animées
l’élévation si souvent invoquée

tu ne peux pas tu ne peux pas
rien n’approche l’esprit
un cercle se tient loin
auquel tu ne peux rien