comme lire est évidemment lié à relire
les circonstances se sont plouf
relire et adapter aux circonstances : ploufrelire comme retrouver
laisser le temps faire
le paysage, aujourd’hui lointain,
se confine dans un jardinlaisser le temps faire
relire un seul livre, un seul,
y repérer les coquilles
les pieds en l’air au soleilun avion fait le bruit d’un avion
un petit avion de complaisance
un petit plaisir de vol
comme le cataclop du cheval
remonte la grand’ruemais rien n’a existé
l’enfance est loin
elle fut racontée
semant quelques souvenirs
de langue verte et bleue
de soleil et de ventcomme une fourmi passante
préoccupée de la suite
sans raison, rapide.
Catégorie : sang refroidi
[sang refroidi traite des dommages du temps, et ce, bien qu’il n’y ait aucun traitement existant autre que l’existence]
mise en abyme [de vieux]
se tiennent tous trois dans la lumière grise reflétée par l’eau
– de l’autre côté de la rive, une récente élue,
attroupement, caméras, discours –
leurs regards reviennent à leurs livres
elle raconte le contexte de sa trouvaille
– un livre inconnu soudain lui fait signe
dans un rayon de sa bibliothèque –
le plus vieux des deux hommes enchaîne
il y avait un Balzac mais j’en ai déjà quinze !
alors j’ai pris Aurélien, c’est son prénom
ajoute-t-il en se tournant vers l’autre en souriant,
jamais lu, souligne-t-elle
tandis qu’il manipule le volume, sa tranche orange
à l’épaisseur briochée de gros poche
on ne lit plus d’aussi gros, si ?
on n’y arrive plus, on est émietté, dispersé
on regarde dix trucs en même temps !
on a eu le temps, oh, trop de temps,
trop de temps devant les écrans, confinés
quoique, dit le plus jeune : des films, le replay,
ah le replay ! reprend le plus vieux,
et des concerts ! s’émerveille-t-elle
je préfère en chair, dit le plus vieux, sentencieux,
comme là le fait de se rencontrer sans se connaître…
mais le public ! vieux ! tous ces vieux, au théâtre aussi,
je ne peux pas les supporter ! se désespère-t-elle
c’est une mise en abyme, sourit finement le plus vieux.
devant un paysage, redites
des endroits de redites, si nécessaire
j’en dirais bien quelque chose !
prendre le temps de dire mais
prendre le temps de penser, d’abord
et pas trop de mots, pas trop
………………/
comme quoi c’est bien-dire qui importe
comme quoi : comme ceci est, ce scié
à préciser : pas bien dire comme bien dire,
mais bien-dire comme deux oiseaux qui se croisent
& se saluent : précis, joyeux, efficaces, trilles
ma langue à trous : effaceuse, subtilisant les excès
des endroits de redites, et même des trous
encore à lisser aux pourtours
\………………
laisser les restes, couvrir, cuire, dépecer
dans des désordres inconnus
sans retour valable, redites pourtant
devant un paysage ressemblant à un poisson
rester ou fuir : choix fallacieux
cheminement identique dans la mort de la chair
les puanteurs du poisson de plein air
des endroits de redites ?…si nécessaire
ensuite, avancer dans l’inconnu
(lorsque le temps a passé sans aucune sorte de prévisibilité)
il y a peu _____ avant /
en un jour arrêté ::: starting-block sous son genou
l’effort déployé_____à la ligne d’arrivée
membres en moulinets, poussière soulevée
quant à sa sueur sous les hourras
elle coulera et ressurgira
dans un mélèze sur un pan de montagne
abrupt & caillouteux
du plan au pentu_____jouer une mélodie
grave et pittoresque qu’aucune illusion
ne rompra non plus que méthode
moulinets des membres restent /
du récit à peine falsifié
sous une forme détournée
une image tremblée se donne
chaque fois_____ pour vraie
(lorsque le temps a passé sans aucune sorte de prévisibilité)
farter la pensée
Il n'y a pas de produit pour farter la pensée. Non. Qui dit non ? Non. Non est un quoi. Elle glisserait sur les cimes. Plus de cimes pour la pensée. Non plus. Un abîme ? Un naufrage ? Une profondeur tant qu’on y est.
la surface du lac 1 & 2
d’abord simple : bord & bord
bord ici, bord là-bas, bord tout autour
la famille un homme une femme un garçon une fille
dit : en faire le tour
avec gourmandise la famille nous allons
en faire le tour, la famille nous allons
d’abord simple : bord recul, bord avance
la surface du lac, apparue rêve & paisible
la famille nous en avons fait le tour
avec gourmandise nous du lac
– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –
revenue, en une
impossible, en deux
trouée de souvenirs & d’oublis
étale, divisée, parquée, encadrée
la surface du lac à peine frissonne
changeante & indifférente
à l’immanquable effacement
de ses vagues et de ses cris
s’obstine le temps
dont un hors-bord aurait figuré la trace
