postposé

il suit du doigt, phrase après phrase, le texte dans le livre,
le doigt revient fréquemment sur un mot, pas n’importe quel mot : l’adjectif,
et il rectifie : il remet en place l’adjectif et le substantif

il est blond, de cette blondeur fanée des vieux bébés

il retourne le syntagme : il replace l’adjectif comme une mèche échappée, avant le substantif, il préfère l’anteposé, il a toujours préféré l’anteposition de l’adjectif

dans la pièce aux murs nus, levant les yeux, il remarque : il y a des murs, l’embrasure des fenêtres est doublée de cages de verre, c’est un double vitrage double-vitré très épais

il semble ne pas savoir qu’il ne peut pas modifier l’ordre des mots dans le livre imprimé, avec son doigt, qu’il croit magique, il déplace et replace, en suivant le mot avec son doigt, et en le disant, en disant le mot qu’il déplace, en répétant le syntagme dans le nouvel ordre, dans l’ordre qu’il a choisi

dehors, et malgré la cage de verre de chaque fenêtre, on entend les voix, les cris, les rires des promeneurs au bois, c’est une sorte de printemps un peu raté, mais le bois existe toujours, les familles sortent au bois, il faut aller au bois, c’est un impératif catégorique de la catégorie printemps nouveau postposé

dedans, les murs de la pièce longue continuent d’être nus, le vieux blond continue de suivre la position des adjectifs, page après page, inlassablement

Auteur : Édith Msika

femme de lettres et du néant, probablement

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