Morte.
la première fois que j’ai vu une morte,
c’était mon arrière-grand-mère maternelle, la mère de la mère de ma mère
j’avais 14 ans, c’était dans les Vosges,
une petite maison à un étage qui sentait la vieille pomme, j’ai monté l’escalier, il me semble qu’il y avait du monde dans l’escalier, tout était petit,
je crois me souvenir que ma mère m’a demandé si je voulais voir mon arrière-grand-mère morte,
non, je ne pense pas qu’elle ait prononcé le mot « morte »,
mais alors quel était le mot qu’elle aurait prononcé ?
j’étais en bas de l’escalier et je ne crois pas que quelqu’un a demandé quoi que ce soit, il est possible que seule ma curiosité a fait que j’ai commencé à monter les marches de l’escalier en me demandant ce que j’allais trouver là-haut,
je pense que j’étais dans une hésitation, que tout le monde était dans une hésitation, qu’il y avait une incertitude sur l’attitude à adopter, mais qu’après tout je pouvais être à la fois curieuse et courageuse si je montais cet escalier
avais-je le cœur qui battait ? c’était possible, il était possible que je me prisse pour une héroïne, il était possible que je me poussasse en me parlant à moi-même, en me disant vas-y tu peux le faire
je pense en effet que tout le monde était très occupé, ma mère, sa mère qui était la fille de sa mère morte, et que donc personne n’attendait quoi que ce soit de moi, il me semble alors que j’ai choisi cette posture héroïque qui par la suite fut souvent la mienne : plus j’avais peur, plus j’y allais.
[ce texte fait partie d’une série débutante : les « Petits dictés »]
