autobiographie & meringue

il lui dit / on se dit
on a des chaussures pour marcher
avec nos pieds on marche

on salue jeanne moreau
elle était venue lire duras
à la médiathèque duras

ensuite : on prend un verre ?
elle avait dit de sa voix rauque
jeanne est sous la tombe

on se dit : meringue
la plus dure la plus molle
on préfère plus molle, on rit

duras c’est pour marcher
duras ça marche toujours
elle lui dit : autobiographie

on se dit / elle lui dit
meringue et autobiographie

—> suite de variables para bellum <—

ils veulent vivre : ils partent
vivre ou exister : ils font des différences
leurs oreilles ne sont pas encore agrandies
comme elles le seront beaucoup plus tard
(les oreilles tombent négligemment : elles
présentent un tombé : d’une robe)

vivre n’est pas exister : exister est plus que
vivre, ou l’inverse
la détermination de l’inverse : occupe
une partie de leur temps
(plus tard, l’inversion deviendra un régime
de croisière : la réversibilité)

j’ai été de ceux qui : exister plus fort
que vivre, au plus fort : partir vivre
uniquement deux wagons : partir & vivre
un seul train, plusieurs gares : vers le levant
(vers l’Est, toujours plus vers l’Est :
se situe l’Everest)

de ceux qui ce je : un autre, désigné avec l’index
tendu : toi !
marchant dans ma cuisine : je lèche une glace
sur un banc : je suis entièrement dans ma glace
(cherchée longtemps, elle a fini par me surprendre
dans ma bouche : réfugiée voire blottie)

                            Giorgio Morandi, Nature morte, 1918 (mauvaise photo prise au Musée de l’Orangerie)

les formes se pavanent dans l’espace : nombreuses
et accessibles : choper le jour
pas tous les jours qu’on chope le jour
mais quand on le chope : proverbe pour rire
(dans la parenthèse se réfugier : comme
la glace dans la bouche)

[pour Alexandre B., ce 22 octobre 2020]

regarder l’horizon [prescription]

l’horizon modifié
l’horizon courbe
l’horizon traître

le statut de l’image : elle explique
l’image qui reste, qu’elle laisse reposer

l’image se repose dans l’horizon de ses yeux

il faut savoir ce qu’il faut comprendre : souvent rien

deux horizons n’existent pas
il n’y en a qu’un
et pourtant il n’est pas un : il est l’horizon

regarder l’horizon : prescription
pour le repos de ses yeux

l’image qu’elle a fabriquée de l’horizon
stagne dans des dimensions restreintes

l’horizon n’attend rien :
l’horizon et le familier
(mais pour ne pas statuer, pour ne pas dire :
le proche et le lointain, pour ne pas s’asseoir
—> rester debout dans la parenthèse)

familièrement l’horizon ! à lui faire des nattes
pour le rapprocher, le tenir, le coiffer
dans l’indolence se tenir assis, & le coiffer

l’image reste dans le repos de ses yeux
à l’horizon, séparé d’elle

situations, monuments & personnages

pas la facilité des camarades,
universelle petite fille,
pas la facilité des jours

à propos de la mort, conversation
très douce, microfibre & même mieux
pour poussière accumulée +++

situation 3 : fleurs organisées,
par couleurs nuancées, sur fond de
blonde architecture en vache gardienne

situation stable, scène de crime figée,
amples mouvements tectoniques,
rien ne se voit ou tout catastrophe

rouge & ses dégradés, fleurs, crimes
violon répétitif, minimaliste, voix
explosions en sourdine, choeurs

pas la facilité des jours : rejet
gestes manqués, jurons, dérobade
pas la facilité des camarades

………………………………………………………

bref état des jours : instant t
avec leurs (petits) ramiers perchés
et le glouglou des sources (innées)

ingestion des ordonnances
piqué des ordonnés
sauvegarde système.

Hippodrome d’Auteuil, Entrée, 2020

urgence du dépassement [tac-tac]

dans de mauvaises directions regarder ;
il y aurait suffisance et l’étalement du regard
insuffisant à en embrasser l’étendue :
la mer lorsqu’elle est là, la mer et son bord

n’est jamais là, pourtant se précisent
formes et couleurs, même si
rien ne fatigue plus, dans un intérieur,
qu’une vue panoramique*

la proposition infinitive « regarder le ciel »
vient fréquemment
interrompre sa jumelle « regarder la mer »
regards se coagulant à l’horizon

de difficiles plaisirs déréglés
laisser filer la série froide
& deviner prudemment l’issue rétractile
sous le dessin d’isthmes subtils.

* Formes et Couleurs, N°4 (La demeure), Auguste Perret et la demeure, p. 17, 1944