je relis sa lettre, sa lettre, sa lettre, sa lettre

les épisodes, les années, les thèmes : soigneusement classés,
je relis sa lettre, c’est relisant que je vois, c’est relisant que je –
relisant il n’y a pas mieux, les années, les dates, les noms propres :
pas mieux !

je mémorise, j’entends et je mémorise à grandes engouffrées,
les noms, les dates, je mémorise cinq cents ans avant :
il y a de l’air dans l’histoire, elle est faite d’air vivant,
de poulaines et de fougue, de formes de nez, d’armures brillantes

relisant, ouverture au grand vent, dans les parenthèses,
les répétitions, les fautes, les maladresses,
relisant écoutant, là-bas loin, avant il y a longtemps

je relis et j’écoute, ça sautille, ça gronde, ça change de paragraphe,
ça attaque l’époque, ça guerroie, ça rappelle,
nous avons été élevés avec des empereurs !

(…)

 

assises sans objet

je vais me lever
je vais me laver
c’est tralala :: c’est peu
c’est peu mais c’est beaucoup
c’est déjà demain pourtant

c’est la guerre on combat jusqu’à la mort
les hommes aiment la mort aiment la mer
ils aiment tant et tant regarder la mer et mourir

tant et tant les mots, tant et tant Momò
je me lève et me lave
tant de fanfares, tant de phares et de gares

il n’y a plus de port usb
les sièges sont douillets
plein d’horizons nouveaux

la stratégie est très claire : je me lave après
je me lève d’abord
puis je prends les destinations

l’adresse mythique plaît à Momò, il la loue
il sera heureux dedans l’adresse
il créera des petits boutons et se lavera

il est trop tard, il y a trop d’écho
il faut penser au long-terme
aux petits oiseaux
aux reines-claudes
à l’aller simple pour la mort

les oiseaux chantent et il n’y a aucune solution

les oiseaux chantent, les oiseaux chantent,
je suis dans une prison avec des oiseaux,

enfermée dehors, une prison d’arbres, de soleil couchant, de beauté, de toiles d’araignée,
une beauté comme il y en a peu

 

 

les oiseaux chantent et dans mon esprit règne une confusion,
une grande confusion non pas de mots mais de réalité :
quelque chose à quoi je ne peux rien changer
ah ces oiseaux, ah ces oiseaux sans solution

 

chambre 508 un goéland

le poème avait un nom mais rien dedans
l’oiseau, puisque c’en est un, a toqué à la fenêtre
le matin, il était question de son bec jaune
& de son insistance au carreau de la chambre
cinq cent huit, du bruit qu’il a fait, de sa réclamation,
de la hauteur du lit, des rapports géométriques
entre les rectangles respectifs du lit et de la fenêtre,
de leurs dispositions, de l’angle qu’ils formaient,
de leurs différences de nature,
quelque chose
comme opacité et transparence

 

le poème était raté, il avait un nom mais rien dedans
l’oiseau portait le nom de goéland, et s’en est allé
en se dandinant, très lentement
il n’y avait pas de quoi faire un poème et pourtant

d’un possible abandon des choses

il seraient là, ces mots, tracés ou posés là,
/ vus, écrits, pensés /
/ pensés, écrits, vus /

d’un possible abandon des choses, ces mots,
marchés dans un jardin, un pas après l’autre,
il y eut des pas, et pendant ces pas, ces mots –

il y eut des pas et des ne pas, une folie,
le roman procèderait d’un agacement,
d’un possible abandon des choses

qu’on ne voit pas, qu’on n’entend pas, qu’on ignore,
au large duquel on passe, dans un jardin,
un pas après l’autre, ces pas tressés de disparitions –

d’un possible abandon des choses, rugueux et hésitant
comme un pas après l’autre, près de bosquets fuyants,
au bord du vide

des pas encore, des pas pour dire,
il y eut ces mots presque inaudibles
d’un possible abandon des choses