on laisse forcément tomber une phrase

faux-pli de la vie

encore porter une jupe crayon

pourquoi habiter quelque part ?

on cherche la consistance

l’une dit à l’autre : tu es compacte

pourquoi habiter quelque part ?

il est une heure moins le quart

faux-pli de la vie

qui serait venu sans nom ?

pourquoi habiter quelque part

plutôt que nulle part ?

faux-pli de la vie

elle se penche et découpe

encore porter une jupe crayon

                         Saint Joseph, père nourricier du Christ, Benjamin-Constant, fin XIXe siècle

rebond des silhouettes —–

les seuils imparfaits permettent-ils

que longtemps s’y tiennent les silhouettes ?

finir chérir : que de verbes en -ir usités

 

se roulant dessus les mots rugueux

encore et mal fagotés encore

avec et sans, autour et dedans

 

jet d’osselets cris victorieux

élusion subreptice des autres légumes

(pas de saison pas de quartier)

 

toute question de choisir

devant soustraire à l’esprit aiguisé

une somme harmonique, un ourlet plombé.

rochers comme des mots ——

l’entassement —— et là-bas brillants

de ces brillances d’escargot, luisent léchés

des rochers, ceux-ci par la mer amassés

 

au bord

 

au seuil exact tenues strictement droites

à la jonction cailloux-bitume

deux silhouettes, petites devant grand mur

 

saluent sourient

 

au bord parapet dessus juché l’immobile

corps lourd attend ——

du désordre l’arrêt net, coupure de la position.

inévitable péripétie ::

On est bien plus nombreux qu’avant.
Je ne me souviens pas qu’on était si nombreux.

On se suit par ordre alphabétique, et la liste est longue ; la liste s’est considérablement allongée.

C’est ce qui arrive lorsqu’il y a de nouvelles naissances : la liste s’allonge.

On s’allonge dans la liste.
On s’allonge nombreux les uns sur les autres.

On est dans une liste longue tous allongés. À force de naître, on est nombreux par ordre alphabétique.

 

 

Je ne me souviens pas qu’on était tant à naître.
Qu’on était tant à avoir un nom.