un jour je mettrai un titre (dizain x 2)

un jour un titre encadré à nouveau
qu’il n’y eut jamais comme il ne plut pas
non, il ne plut jamais, il n’y eut que soleil
et jamais mort, mort s’en alla sans titre
comme jamais n’y eut naissance :
elle ne plut ni au roi ni au bagnard
les faces A et B de plaire et pleuvoir
s’entremêlèrent tant que soleil darda
ensuite plus rien, encore une facétie facile
qu’elle eût pu mettre en titre

un jour je métrerai un titre, je le métrerai
avec précision, rigueur, valeur, excès
excès dans la délimitation du cadre
excès dans l’anaphore expansive
c’est tout vu c’est tout plu tout enfermé
dans le cadre millimétré à l’intérieur duquel
des mots enfermés à jamais crient
que personne n’entend, forcément
ça braille pas tant que ça un titre
il y manque des fleurs, il faudra pleuvoir

des apparitions opportunes

il y eut des apparitions
il faudra des apparitions, il en faudrait
il aurait fallu des apparitions
il y aurait des apparitions, et alors ?
ne se choisissent pas, ne sont pas élues
des apparitions surgissent

sans verbes, des apparitions surgissent
malgré tout quand même

des apparitions moelleuses
comme des figues sèches

elles rugissent et s’élèvent
de la brume leur amie proche
en bas elles sifflent près de la plage
marchent et disparaissent
ce que l’on préfère dans les apparitions
n’est-il pas leur disparition probable ?

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brève conversation avec un jardinier

vous vous rendez compte : douze degrés !
ah c’est de la bruyère rose, elle est belle

les bourgeons sont déjà commencés
il a beaucoup plu
il a fini par beaucoup pleuvoir
oui mais la sécheresse a duré longtemps
ce pin-là, il est malade
oui, il est complètement brun
bientôt il poussera des palmiers ici
c’était l’année la plus chaude
il faut s’en aller l’été
oui, même ici il fait chaud l’été
c’est un climat de mars
c’est comme il y a un mois
oui comme fin octobre
c’est un automne-printemps

on ne sait plus
non, on ne sait plus

                                                                                                               Tomás Saraceno, « On air », Palais de Tokyo

maintenant que tout est effacé

utiliser la règle induite par la chronologie
transvaser le solide dans le liquide
éprouver les mélanges pâteux
reboucher les trous dans les murs
laisser des traces en constellations

il y avait un exemple – à la place de rien, un exemple –
mais il ne sert à rien : on le visualise trop
et il devient le quelque chose
complaisamment mis à la place de rien
il devient trop visible, il est en face,
posté et sûr de son bon droit d’exemple
et soudain il prend toute la place, il efface tout

maintenant que tout est effacé il n’y a plus rien à voir
rien à voir, aucun exemple visible, rien à quoi se raccrocher

(ils se prennent si souvent pour des torchons
à être à leur place sur des murs constellés d’anciennes traces,
oscillant avec ce léger vent venu de la nécessité du jour)

surgissement de la sellette mot perdu

objet connu vu dans une galerie
objet ressemblant à –
pour y poser une plante
objet en bois plein de peinture
supportant une installation

mot ne revenant pas
ni dans la galerie ni après
ne revenant ni dans la rue
ni dans l’impasse aux maisons fleuries
mot en suspension

ne revenant pas dans la voiture
dans la traversée de la banlieue
dans la radiale la transversale
de la proche banlieue

ne revenant pas avec l’amie
mot esclaffé : entre — et — !
se termine par ette comme serpette !
mot à l’arrêt au feu rouge


surgissement de la sellette
quarante-huit heures plus tard
devant une série australienne lente
où un homme adultère
aurait été sur la sellette

définition de sellette, CNRTL