vie des petits animaux grillés

une mouche crame sur la lampe et ça sent
ça sent la mouche grillée

poème plat
vie des mots, vie des petits animaux grillés

je suis dans l’autre sens des mots, je fais le tour de la maison
pour faire des images du ciel la nuit

la nuit est claire, ce ne sont plus des mots, c’est la nuit
– claire –
et la lune, que je vois si je la regarde, entourée de nuages nonchalants

ce sont des mots, ce sont les mots qui ne sont pas tous dans la nuit
nonchalants n’est pas dans la nuit, nuages figure dans la nuit
claire est-elle ? ô nuit

mes mots ne sont pas dans mes pieds
quand je fais le tour de la maison
mon corps abstrait, il n’y a plus personne
que les nuages, la clarté, une ou deux étoiles
– que je vois si je les regarde –

de là-bas viennent des musiques, de la nuit sans mots
sur mes pieds nus

je fais des images
le jour la nuit avec mes pieds

je fais des images, les mots se sont absentés

des journées lentes dans l’obtusangle

étages intermédiaires, façades blanc sale, ombres pointues
position devant trouées, hauteurs, délimitations par la lumière

étages intermédiaires : offrent un ciel incomplet
perspectives de fenêtres à tout stade de leur ouverture

trouées : disponibilité du regard selon un angle obtus
dit obtusangle, dont aucun souvenir ne marqua la désignation

paysage défini par un angle au degré plus grand que cent,
à la pointe duquel se tient un personnage assis dehors

ombre pointues : déchiquètent les façades tout en
négligeant l’indication d’ouverture des fenêtres

indépendamment, deux logiques : du bâti, de la lumière,
sanctionnent le déroulement changeant des journées lentes

hauteurs : la disposition des corniches en étages rythme
l’orchestre invisible dirigé par le personnage depuis son balcon

quelle conclusion ? aucune : la course du soleil
dans l’obtusangle favorise des journées lentes

comment revenu le sérieux

juste un mot c’est le mot pas celui-ci
lequel est le juste

j’ai un doute
concernant les mots

sous la couverture du sérieux
qui n’est plus

s’épanouissent futilités
s’évanouissent pensées

du sérieux disparu la tectonique
des plaques à côté

comme le geste du dj
bégaierait encore sur sa platine

les mots volent en meute molle
lesquels seraient les justes

sucrerie pianistique & halieutique

La java se danse avec des petits pas à trois temps,
non pas tournés comme dans la valse, mais dandinés.

1. agitations matinales, fonction journal


sam. 8 févr. à 10:33, fonction recherche, 
fonction que puis-je faire pour vous ?
température maximale, température minimale
belles éclaircies, nuages prédominants ce soir


sur le bureau du grand-père de mon grand-père
c’est la java bleue, la java la plus belle
dans la cuisine, le bruit spartiate de la machine à café
la java la plus belle, celle qui ensorcelle,
c’est la java bleue, celle qui ensorcelle,
qu’on danse les yeux dans les yeux

fonction aujourd’hui, qu’est l’aujourd’hui ?
2. dilemme de la petite ville


l’écrire ou y aller, lun. 10 févr. à 10:37

bord de mer, fin du bord de mer
iode, odeurs d’iode, poissons frais, odeurs
respirer le port, l’odeur du port, 
le port comme Pessoa tout entier rôdant vers le port
ses effluves disparus

bord de port autant que bord de mer
différencier les bords, s’attarder aux bords
chapeau, canne à pêche, réécrits quinze mille fois
taquiner le poisson ! canne triomphale soulevée !

fonction auparavant, qu’est l’auparavant ?
3. je parle à ma salle de bains

je lui parle intérieurement, lun. 10 févr. à 15:36
je lui demande où sont mes pastilles pour la gorge
il n’y en a plus alors va te faire un thé, me répond-elle,
j’obéis, c’est tell. prat. d’obéir à la voix

l’odeur de Paul et Virginie c’est le nom du thé
est absol. délic. ensuite du chiffon de mes lunettes
je fais mésusage, j’essuie autre chose
ma distraction vient de la voix qui m’intime

le temps du sablier est écoulé, il y a trois temps
j’en ai choisi un, il a fait le thé c’est écrit quelque part

[fonction rappels, vous n’avez rien de prévu demain]

 

Adel Abidin, Three Love songs, 2010

{il n’y a pas de phrase simple} + 1 [hyp.]

rien n’est simple, ni le mot ni l’homme ni le poisson

de nombreux mots se glissent comme des poissons
sous les ceintures abdominales et dévorent les organes
de la raison ; car la raison est un poisson intérieur

les mots au fond des bouches qui font plop à la sortie,
les mots à la surface comme quand on fait le poisson,
s’exercent à avoir raison de la raison
c’est la chose la plus forte – la plus forte (répète l’écho) –

*

je descends à S. pour écrire un mot
je ne m’appelle pas mon ami Pierrot
bien sûr que non ; devant le miroir
je fais le poisson que je ne mange pas

je descends à S. pour écrire un mot
et rencontrer le poisson que je ne suis pas
la solution que je mangerais violemment

la violence n’est jamais une solution, le poisson peut-être

la théorie de l’évolution n’est pas seulement
l’histoire de l’humanité mais aussi l’aspiration
à ce que l’être évolue tout au long de sa vie
or l’être peut revenir en arrière, redevenir poisson
[hyp.]