pas d’autre musique

j’ai senti que le vent annonçait l’hiver
et aussi le raffinement de la pensée en écharpe

bref, j’ouvre un truc inadéquat : calendrier
je connais le nom du truc mais –

faux ! m’écriai-je à l’ancienne
je vais sur la place le crier aux vautours

tous vautrés avec leurs cacahuètes
en happy hour, pintes à la ronde

la violence n’est plus du tout supportée

on se hélait d’injures, c’est fini, fermez le ban

à petits pas il est possible qu’elle rentre
et qu’aussi je rentre avec un caddie, courbée

altières insultes, jurons éblouis au couchant,
les brûlures des amants commençaient là

fiers & odeurs cuir, odeurs musc, odeurs hommes,
où finissent les corvées ordinaires

de la séduction en milieu tempéré,
c’est tout ce qui reste de nos affrontements.

Abbatiale de La Chaise-Dieu, danse macabre, XVe siècle, détail du Troisième panneau (le peuple ) : l’amoureux – un transi – le frère infirmier – un transi – le ménestrel – un transi – le théologien – un transi – le paysan – un transi – un moine […]

et tout effacer.

à partir d’un paysage
partir dans un paysage
processus de la mémoire

leurs dessins tracés
cette musique rythmée, appuyée
de paysages très loin

paysage : éléments trouvés
dans les pages des années
ne rien dire des paysages, chut

et j’oublie les paysages que j’aurais voulu voir de ma fenêtre,
immédiatement, la beauté qui n’est pas ici

hier, superbes paysages en repartant de Sils Maria vers le lac de Constance,
et je ne suis pas sûre d’en trouver de tels par la suite

ce genre d’ambiance estivale, les forêts, les paysages, la moyenne-montagne…

très beau paysage, mais certainement pas le genre d’endroit
où j’aurais aimé m’exiler pour l’été

ne plus voir de mots se superposer au paysage, ou très peu

la plaine sur le plateau, téléphoner avec C., parler de F.
dans ce paysage vidé mais plein (de ciel, de conversation)

processus de la mémoire
de paysages traversés
la présence incertaine

et tout effacer.

 

 

relire et adapter aux circonstances

comme lire est évidemment lié à relire
les circonstances se sont plouf
relire et adapter aux circonstances : plouf

relire comme retrouver

laisser le temps faire

le paysage, aujourd’hui lointain,
se confine dans un jardin

laisser le temps faire

relire un seul livre, un seul,
y repérer les coquilles
les pieds en l’air au soleil

un avion fait le bruit d’un avion
un petit avion de complaisance
un petit plaisir de vol
comme le cataclop du cheval
remonte la grand’rue

mais rien n’a existé
l’enfance est loin
elle fut racontée
semant quelques souvenirs
de langue verte et bleue
de soleil et de vent

comme une fourmi passante
préoccupée de la suite
sans raison, rapide.

mise en abyme [de vieux]

se tiennent tous trois dans la lumière grise reflétée par l’eau
– de l’autre côté de la rive, une récente élue,
attroupement, caméras, discours –
leurs regards reviennent à leurs livres

elle raconte le contexte de sa trouvaille
– un livre inconnu soudain lui fait signe
dans un rayon de sa bibliothèque –
le plus vieux des deux hommes enchaîne
il y avait un Balzac mais j’en ai déjà quinze !
alors j’ai pris Aurélien, c’est son prénom
ajoute-t-il en se tournant vers l’autre en souriant,
jamais lu, souligne-t-elle
tandis qu’il manipule le volume, sa tranche orange
à l’épaisseur briochée de gros poche

on ne lit plus d’aussi gros, si ?
on n’y arrive plus, on est émietté, dispersé
on regarde dix trucs en même temps !
on a eu le temps, oh, trop de temps,
trop de temps devant les écrans, confinés
quoique, dit le plus jeune : des films, le replay,
ah le replay ! reprend le plus vieux,
et des concerts ! s’émerveille-t-elle

je préfère en chair, dit le plus vieux, sentencieux,
comme là le fait de se rencontrer sans se connaître…
mais le public ! vieux ! tous ces vieux, au théâtre aussi,
je ne peux pas les supporter ! se désespère-t-elle

c’est une mise en abyme, sourit finement le plus vieux.

devant un paysage, redites

des endroits de redites, si nécessaire

j’en dirais bien quelque chose !

prendre le temps de dire mais
prendre le temps de penser, d’abord

et pas trop de mots, pas trop

………………/

comme quoi c’est bien-dire qui importe
comme quoi : comme ceci est, ce scié

à préciser : pas bien dire comme bien dire,
mais bien-dire comme deux oiseaux qui se croisent
& se saluent : précis, joyeux, efficaces, trilles

ma langue à trous : effaceuse, subtilisant les excès
des endroits de redites, et même des trous
encore à lisser aux pourtours

\………………

laisser les restes, couvrir, cuire, dépecer
dans des désordres inconnus

sans retour valable, redites pourtant
devant un paysage ressemblant à un poisson

rester ou fuir : choix fallacieux
cheminement identique dans la mort de la chair
les puanteurs du poisson de plein air

des endroits de redites ?…si nécessaire