une portée, une et portée

une portée

sol la fa sol fa mi ré

sol la sol la si do la fa la

si si ré si do (do # ?)

une portée, une et portée, une et pointée, une et plantée

une haie commune entre les dates, le hier et l’horizon,

une portée commune aux hêtres et aux horions

si la fa sol ré ré ré é é é  …………faaaaaaaaaaaaaa

aaaaaaaaaaaaaaaaaaa // (sombre et asséné descendant à la caverne)






 

le temps, qu’est-ce que ça transforme ?

Lundi 2 mars 2009

 

Abandon épousant les accidents du sol, les disjointures capricieuses des ciments poussiéreux, des pavés usés, des terres boueuses des chantiers, du béton jaune pâle de la piste, abandon aux amortisseurs grinçant sous le poids du corps, abandon à la pensée fluide et sans obstacles, abandon des bras et des jambes au rythme efficace des roues, pédales, guidon, spectacle.

L’horizon vert du dernier événement de la dernière décade du dernier siècle, ah, nous y voilà ; il y aurait des choix qui se tiendraient (avec leurs petits noeuds papillon, bien droits), et d’autres qui se déferaient (du verbe se défaire). Le temps transforme même les rugbymen, c’est dit.

un arrêt du temps, un peu de vent

Samedi 14 février 2009

 

Emma Larme se jeta sur son canapé peu de temps avant seize heures. Elle s’endormit instantanément, recroquevillée en chien de fusil. Une heure après, le téléphone la tira de son sommeil. Elle répondit mécaniquement, mais ce n’était pas pour elle. Comme elle avait bondi hors du canapé, elle n’était plus recroquevillée ni endormie, et mit quelques instants avant de reconnaître ce qu’elle était : elle nomma cet état “fripée”, en son for intérieur. Quelques instants plus tard, elle décida d’aller se défriper dehors ; le froid vif remplit parfaitement cette mission. Elle ne regretta rien.

semblant symétrique

(chapitre 4)

et encore, avec le respir arrêté ; sur une longue phrase soufflée sans interruption, musicale polyphonique, en canon écoutée :
ce que la notion de définitif, de finitude, de conclusion implique, est une insoutenable idée de la mort ; conclure, finir, fait référence à la mort (mort d’une histoire, fin d’un livre) – or le mouvement est celui d’une ellipse aveugle –

Une figure, ressemblant à une aire de jeu, à un terrain de football, scindée en deux dans le sens de la longueur, plane, avec, de part et d’autre, des équipes positionnées selon des règles précises.
Un personnage est à l’arrêt, dans une voiture haute, une sorte de pick-up. Il a oublié quelque chose. Derrière lui, une femme, c’est la nuit, dans une rue en pente. La voiture est garée à l’orée de cette rue qui porte un nom tout à fait vernaculaire, insignifiant, un mot de la langue courante, comme “receveur”, mais ce n’est pas receveur (de bac de douche). De cette trivialité inconséquente, les personnages se sortent comme ils peuvent.

Trouver une figure stable par laquelle saisir un tout petit peu de réalité lui paraît compliqué : S. choisit des structures et les remplit avec obstination, mais se trompe perpétuellement ; la variété et la multiplicité des matériaux est à la fois nécessité et obstacle. S. s’arrache les cheveux, qu’elle a fournis.

S. n’avance pas, la situation n’avance pas, c’est exactement cela qui se passe : S. ne considère pas que les choses avancent, qu’il y aurait une avancée en quoi que ce soit.

c’est comme serrer

Vendredi 9 janvier 2009

c’est comme serrer
comme serrer quelque chose, une main, immédiatement le coeur vient, serré, on voudrait l’élargir mais il oppresse
(il faut être raisonnable avec le mais, même si on ne l’aime pas, le mais, toujours trop de mais entrave le cours paisible du dire ce que vous voulez dire sans raison le mais raisonne terriblement).

J’habite ici, dit-elle avec un petit mouvement du menton lancé vers le haut, j’habite ici, c’est ici que je m’arrête, voilà.

Certaines difficultés sont à contourner, contournables, avec contours, crénelées, certaines difficultés ne peuvent pourtant pas se coller comme des timbres, quoiqu’on en veuille.

GÉNÉRIQUE

I

La porte à côté, le corps dedans, l’âme à côté, un peu décalée, observe, regarde, revient en arrière (fonction reward, double flèche), choisit dans un catalogue l’époque. Par exemple l’époque des vaches : des vaches noires et blanches, ou bien des marron clair soyeuses, et leurs petits veaux tout autour, si gentils, si mignons, si doux à caresser (Carol n’a jamais touché une vache : la vache est dans le champ, elle y reste, elle est de profil debout, elle pisse très à l’aise, ou chie, droite et impavide). La vache est absconse, légère, peu utile au raisonnement. Carol les envie, elles broutent et dorment, n’ont aucune justification à donner de leur emploi du temps : mieux, elles restent. Et de rester semble la condition la meilleure.
Une fois les cabrioles habituelles provoquées par la situation inédite dans laquelle nous sommes plongés, tous, une fois que ces cabrioles sont consommées (potage léger, quelques vermicelles surnageant, vapeur de homard), nous pouvons nous tourner le dos. Nous pouvons continuer de nous regarder, telles des vaches se regardant (elles ne se regardent pas à proprement parler, mais nous pouvons nous accorder la liberté d’imaginer qu’elles se regardent, de même que n’importe quelle liberté d’imaginer quoi que ce soit, y compris qu’elles s’envolent, mais elles ne s’envolent pas et ne nous retombent pas dessus, sinon ce serait terrible à vivre toutes ces vaches retombant de leur promenade en l’air sur nos corps sans défense, nous n’osons l’imaginer, cela). Ou bien nous tourner le dos. C’est au choix. Nous avons tous les choix, y compris de fuir. Bien sûr, ce n’est pas glorieux, de fuir. Mais qui a dit que la gloire était à rechercher ? Qui ? Nous préfèrerions être glorieux, dans nos corps glorieux, avoir des esprits glorieux. Ce serait le chic ultime, glorieux non pas de la tête aux pieds, mais du corps à l’esprit.

Ensuite, il y a un peu de silence, tout à fait adapté à la situation. On ne parle pas au concert, on ne remue pas des sachets plastiques au cinéma, on n’échange pas avec son voisin en classe, on évite de crier dans le métro, etc. Toute situation suppose un état particulier du niveau sonore. Ça n’a aucune incidence sur la situation des vaches. Il y a une permanence dans la vache, qu’on trouve rarement chez nous. Nous avons essayé de trouver un être humain en vache, nous n’avons pas.

II

Carol arrive devant le lieu habitable : le lieu d’habitation. Ce n’est pas une étable, il n’aurait pas supporté les autres congénères non plus que leurs meuglements. Il fait nuit mais quand même, à ce point, c’est délicat. Des détecteurs de présence la détecte, sa présence, ça tombe bien. Ça tombe très bien, c’est un beau tombé. Il y a quelques incohérences dans le scenario mais tout ne peut pas être parfait, on le lui répète assez souvent ; Carol entre dans la chambre après un petit moment durant lequel n’entre pas. Une sorte de moment d’hésitation, comme il en a souvent, à tout propos et surtout à propos de rien.
Il est question de passer un casting, c’est la nuit, Carol sans verbe ; c’est le moment de passer un casting, la nuit, près des vaches.
Dans la chambre, une bière fraîche l’attend sur la petite table, ainsi que des noix de cajou disposées dans un ravier. Se place quelque part dans la pièce et se photographie faisant des grimaces, une dizaine, pour voir. Voit, revoit, fait défiler, verbes. N’a pas froid, se sent bien. Ultra-bien. Prend la bière, croque quelques graines nobles grillées-salées, se souvient de certaines choses, les chasse, veut rester là maintenant, ou ici et maintenant, bref, reste, ha, comme la vache, oui. Puis se demande à voix haute : est-ce que c’était un petit merdier ou un gros merdier, ou un merdier moyen ? Se pose la question, qui mérite d’être posée. Bien qu’un peu trop générale, la question. Il y a un peu de vent, des choses métalliques font du bruit, des enseignes comme dans la rue principale de Salzburg ; la bière se consomme, Carol se prépare.

Certains font du ski pour se détendre, non loin. D’autres dansent comme des forcenés dans la nuit du night-club. D’autres baisent comme des forcenés avec des miroirs et quelques lumières qui ne seraient tamisées que par convention ; il faudrait tenir compte des nouvelles normes électriques, très ennuyeuses à cause du calcul des kwh, mais passons. Carol passe (le temps, l’ange, etc.).
Le casting sera le choix, le vrai. Incontestable. Après le casting, on verra ce qu’on verra. Pour cela, beaucoup de travail, de préparation, ça rigole pas. C’est demain mais il fallait arriver la veille. Carol se tripote le menton, boit un peu de sa bière et espère. Espère, bien que montagnes russes de l’espérance, ça monte et ça descend ; se lève, va au miroir, recule, pense à téléphoner, est-ce qu’il y a du réseau dans cette foutue campagne, oui, un peu ; trop tard pour téléphoner à quiconque.
Mal fixées, sûrement, les enseignes. Ouais. Carol va se laver les mains, au sens propre ; la tête de robinet est tournée vers la droite, comme si elle l’invitait, mais à quoi ? Entend Marlene Dietrich, enjôleuse, grande dame dont la voix sort de la tête de robinet, rauque zurück und Sehnsucht.

Il n’entend rien à part la tête de robinet quand il la touche. Ils doivent être tous couchés, ou bien il est seul, les autres seraient éparpillés ailleurs ; Carol prend des résolutions, c’est mauvais signe.