adopter un point de vue

l’adoption d’un point de vue obéit à des règles nombreuses –
avant de l’adopter, le point de vue est couvé dans une couveuse de points de vue, tous plus ou moins équivalents –
ou qui se présentent comme tels –
aucun petit bonnet de couleur pour les distinguer –
le point de vue est indispensable pour circuler dans la vie courante –
même si on ne court pas on en a besoin –
on peut vivre sans, mais plus difficilement –

le point de vue se caractérise par une complexité de structure :
un, le point –
deux, de vue –
le point de vue suppose la hauteur, bien que la hauteur de vue, elle, ne soit pas directement corrélée au point –
de nombreux points de vue sont dépourvus de hauteur de vue –
le point de vue avec hauteur de vue est en option –

l’adoption d’un point de vue est un long processus –
tellement long qu’on n’en voit jamais le bout –
adopter un point de vue c’est forcément se dérouter –
voire perdre le fil –
quand le point de vue est adopté, un rien peut le faire chanceler –

l’adoption d’un point de vue requiert une infinie patience :
faire antichambre, attendre que le chambellan ouvre la porte –
s’il l’ouvre –
s’il ne l’ouvre pas, risque de demeurer à vie dans l’antichambre, sans adopter aucun point de vue –
ou bien, la porte s’ouvrant, bousculade de points de vue désireux de se faire adopter : submersion, asphyxie, décès –

la nuit, c’est parfois plus visible, la nuit, le point de vue peut scintiller –
mais inquiéter (surtout s’il se déplace en canard)–
un point de vue menaçant 29092011364est un point de vue qui déborde l’adoption –
ce point de vue n’est pas le tien –
tu le congédies, tu te détournes, tu fais semblant de ne pas être
l’adoptant –

Auteur : Édith Msika

femme de lettres et du néant, probablement

Laisser un commentaire