dans la flaque l’écho du minuscule et de l’immense

nous hésitons devant la mer, qui tout d’un coup nous paraît plate,
et la ligne d’horizon muette,

nous réquisitionnons (le sens)

parce que ce n’est pas lu, ce n’est jamais lu comme ce devrait, l’éloignement s’impose,
parce que ce que nous avons sous les yeux n’est pas propice,
nous devons nous éloigner,
parce que tel qu’est le paysage, nous manquons de hauteur :
reculons-nous, éloignons-nous

il s’agirait de s’éloigner, d’avoir de la visibilité,
la plus visible des visibilités comme en haut d’un panorama montagneux,
comme le majestueux donne le la d’un paysage aux gravitations retournées (qui cacherait au fond de ses vallées nombre de vies)

la visibilité nous a été donnée dès le lever des brume matutinales, lentes

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la ligne d’horizon était loin, loin de nos yeux, et n’existait pas
nos yeux ne pouvaient pas la voir,
ils la scrutaient pourtant avec insistance,
l’insistance de ceux qui existent et cherchent

là-bas loin, on ne pouvait rien apercevoir, la côte de l’autre bord,
le bord de l’autre côte : absent au voir, soustrait liquide bleu vert
amenuisé de dire, jouant avec les cailloux et le sable
y traçant dessins pour le prochain passant

nous avons cherché dans la flaque l’écho du minuscule et de l’immense

plus tard, il y eut ce dialogue, qui est le commencement de tout,
et dont la question est le régime de routine :
la ligne d’horizon avait une couleur, quelle en était la couleur ?
blanche, peut-être blanche, il nous semble que blanche

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nous entendons les voix de ceux qui attendent derrière leur soupirail,
ils veulent avoir accès au panorama vert, bleu,
de nuances de vert et de nuances de bleu, les nuances infinies,
ils veulent l’infini (il n’y a d’insistance que d’exister)

pourtant introuvable poursuivre

dans le calme, dans la fureur, dans l’extase, dans les vapes,
dans l’irrésolu –
on est les mêmes à tout jamais, depuis le début et jusqu’à la fin

permanence de l’être : se cherche dans les dédales de la mémoire
se trouve quand ne se cherche pas –
permanence de l’être : petit mystère flottant sur crème du tempspixels

petit, durable, durant un temps sans dates, ne se retrouvant pas
hésitant, répétant, s’adressant à foule immédiate
immédiatement perdue, choses sans arêtes

préparer le pire, le flou, ce qui retombe à plat,
la sempiternelle confusion, la rougeur de ne pas savoir,
et qu’il y a, loin dans le savoir, l’insondable ignorance, aussi –

tout à coup proche du centre, du creuset, du creusement, du trou,
un trou non habité, un calme villageois –
on est les mêmes à tout jamais, depuis le début et jusqu’à la fin

préparation de l’impréparable – et comment s’y prendre –
guettant le moment d’ennui mortel qui déclenchera réellement
le signal du renversement

stance à la valeur *

toutes les légitimités ne s’équivalent pas
il y a différents stades, différents niveaux
il faut préciser cela, il le faut
il y a des meilleurs et des moins bons,
des carrément mauvais, des rien du tout

Camera_obscurail y a des références, des sentences,
des échelles de valeur, des valeurs différentes,
cela vaut, cela vaut moins, et même sans chiffre,
même sans nombre, même sans ombre,
la valeur valeureuse brille dans le panier des valeurs

la construction de la valeur étayée par des échafaudages
a toujours pour idéal le sommet, la cime, la hauteur
toutes les légitimités ne s’équivalent pas

 

du côté du sentiment. avec certains.

tu l’as lu ?

non je ne l’ai pas lu

les récits de l’année passée sont passés

l’année est passée

certaines choses reviennent.

tu écris souvent ?

il n’écrit plus beaucoup

il est déçu, son livre ne s’est pas vendu

on dirait du Marguerite Duras, non ?

c’est fini.

c’est désopilant

quoi ?

le marsupilami.

elle écrit comme dans les années, là

ah oui, les années, là.

il est bien, son éditeur ?

ça dépend ce qu’on entend par bien

qu’est-ce que tu voulais dire ?

avec certains : le sentiment.

je ne le vois plus depuis un moment

bah, ce sont de vieilles histoires

t’as peur de la mort, toi ?IMG_20160417_175953

il y a beaucoup de choses, je n’ai pas tout lu

j’ai lu mais ça n’avance pas, alors

j’ai feuilleté, bof

je ne suis pas rentré dedans

j’ai eu du mal à finir

il a pris un tournevis pour ça ?

ça marchait mieux avec une pince, il a pris une pince

je crois que je préfère encore ne pas y aller

finalement tu as fait quoi ?

ils s’entendent moyen

on s’en va ?

oui.

flaubertine : fantaisie d’après-midi

Regarder des objets littéraires, comme ça. Et constater des choses. Des choses qu’on ne peut pas définir derrière deux points. Des choses qu’on peut à peine expliquer puisqu’on ne les comprend pas. Des choses inexplicables. La gradation entre un peu et pas du tout se met en marche. Il n’y a plus de jus. Ça se traîne lamentablement.

Un peu et pas du tout sont très proches et menaçants. Si un peu est vrai, pas du tout ne l’est pas. La paresse consisterait à dire : et inversement. La paresse est toujours ici ; elle en prend à son aise, la paresse. Et inversement est vrai.

Un peu explicables et pas du tout explicables revient à torturer la matière de la compréhension. Les choses qu’on ne comprend pas. On hésite encore. Les comprendre un peu ou les comprendre pas du tout. Il n’y a plus de jus, il n’y a plus de jeu. On ne veut pas former de jugement.

Flaubert à SandRegarder encore des objets littéraires. Ils n’en sont pas. Il ne sont pas des objets littéraires. Ils n’en sont pas. Ce ne sont rien. Il est possible qu’on regarde des objets littéraires qui n’en sont pas. Ils glissent, ils voguent, ils dérivent sur des métaphores usées lesquelles s’effilochent souvent durant plusieurs lignes inutilement.

On ne comprend pas ou peu ces objets littéraires qui n’en sont pas. Ce ne sont ni des objets ni littéraires. Pourtant ce sont des objets littéraires puisque ils relèvent de. Lorsqu’on relève de, on gagne la considération de la nomination, on est rangé dans la boîte et on se tait, bien à plat.

L’objet littéraire multiplié par son nombre rangé bien à plat dans tous les livres et toutes les surfaces comportant des pages attend qu’on le regarde. Il se pavane et fait de l’œil jusqu’à tant qu’on le regarde. Il n’a rien d’autre à faire et il le fait bien. Le problème est que la plupart du temps il n’en est pas, il ne sait pas ce qu’il est. On ne sait pas de quoi on parle, ça commence souvent comme ça.

Il était une fois l’objet littéraire, nombreux, regardé. Il n’avait rien d’autre à faire que de se pavaner dans la page et autres surfaces-supports. Et puis un jour, sa princesse arriva et le transforma en glacier fondu. Alors il mourut, entraînant avec lui tout le royaume. Le désastre financier s’abattit sur le monde des objets littéraires qui disparurent.
Et comme on sait, ils avaient disparu bien avant de disparaître.