Autrefois quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance. À présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et toute la plage s’effondre, tu sais bien. Henri Michaux, « La Ralentie » in L’espace du dedans (1944)
rien sans souffrir rien ne suffit se déposent sur la page
ou encore lu au cimetière ”RIEN”, de Pierre Reverdy, in Sources du vent, 1949
je ne me souviens de rien interdite je scrute le rien et encore
ce décor d’une enfance où un je a vécu où un autre a vécu et tant écrit
plus rien qui danse c’est si difficile et rien ne rime à rien
plus rien qui danse et pourtant ça danse encore
ce décor malaxé dont le nom répété crie vie grâce aux morts /
Le retournement est le Principe, il n’y en a pas d’autre.
Le conte des cervelles : une femme attend des cervelles dans un restaurant, elle s’en pourlèche d’avance, avec les brins de persil qu’elle se représente, elle adore la cervelle,
mais dans son assiette, le poisson n’en finit pas, elle aime aussi beaucoup le poisson, ce poisson est du cabillaud, il se défait en lamelles, elle aime beaucoup mais quand même, il dure, il dure…
Elle adore la cervelle mais elle attend des cervelles, le pluriel est important.
Dans son assiette, ce poisson n’en finit pas, comme si l’assiette continuait d’être remplie au fur à mesure, elle en est étonnée, comment, je n’ai toujours pas fini ce poisson ? Il en reste encore ? Comme c’est bizarre…
et ces cervelles qui n’arrivent jamais…
Elle a commandé autre chose qui n’arrive pas non plus, mais cet autre chose, elle n’arrive pas à se souvenir ce que c’est, c’est quoi cet autre chose qui n’a ni singulier ni pluriel ni forme ni texture ni couleur ?
• les cervelles ne sont
jamais arrivées
& l’autre mot a disparu,
la chose avec
• s’éloigner de la langue fait attendre
les cervelles, fait languir l’écervelée
Image extraite du court-métrage de Jonathas de Andrade, O Peixe (The Fish), 2016
souvent le mot d’avant surgi par assonance avec celui qui est déjà prêt dans ma tête
exemple : en particulier surgit juste avant particules (fines), comme par hasard, comme si mon cerveau avait besoin de doubler le mot qui vient d’un autre, d’un préalable
expérience : je bois mon café jusqu’au bout (rien) je bois mon café jusqu’au fond de la tasse (rien)
==> conclusion : je ne sais pas quand ça se produit (prédictif)
de temps à autre je m’arrête de vivre : ça ne me dit plus rien : j’arrête !
unobjet est un objet de torture aussi bien qu’un objet esthétique, un objet à voir, à apprécier, duquel retirer un plaisir esthétique (le pourtour métallique de l’entrée d’un puits dans lequel un homme ukrainien a été attaché plusieurs heures)
(Gesang aurait dû être, Gesang n’est pas, Gesang est impossible, Gesang est à Schubert ce que la pluie est à l’automne,
si ça continue, Gesang reviendra et ce sera malin, tiens)