dressing de poupée d’saison

 

 

elle vante son « dressing », c’est une petite machine
qui produit de la musique
un napperon plié en accordéon très coloré rouge vert jaune
des couleurs de cuisine
l’enfant plus âgé adore son objet
le plus jeune s’est pris dans le fil
a failli être étranglé
elle remet de la musique pour danser
elle est si gaie avec son fil bleuté entre les mains
qu’elle tripote en expliquant
comment son fils aurait pu être étranglé
mais le plus important c’est la musique dit-elle gaiement

à un moment / donné
ça disparaît

les dollars arrivent
avec les couleurs

étrangement pâles bien que vives
leurs pointes enfantines soulignent des fragments de

! phrases !

                                                           Jean Puy, Jeune femme nue au turban sur un divan, vers 1900 (détail)

 

« je ne connais que mon esprit »

 

 

je ne connais que mon esprit
fut une phrase loufoque
qui n’exista pas
ou dont l’existence serait remise en cause
(suspecte ?)
partie des hauteurs de Grenade
flottant sur les sommets enneigés

je ne connais que mon esprit
aurait une fin
/ dérivatif lambda /
longeant des plaines embrumées
au loin desquelles leurs silhouettes de pierre
se laissent deviner
avancée lente, sans panache

je ne connais que mon esprit
petit animal flétri
inconnaissable et rébarbatif
dans le silence et la réprobation
effeuille ses possibilités
au vent sournois
qui disperserait ses cendres

[rythme : mat, syncope des voix,
hauteurs, quelque chose d’appuyé,
d’insistant
nom propre
chiffre 32
division en minutes
cuisson, énergie disponible, etc. ]

             Evidence, Soundwalk Collective & Patti Smith, Centre Pompidou, 20 oct. 2022 – 6 mars 2023

 

une gouttière sur la façade…

 

signe de l’infini au lieu des points d’indécision
(pourquoi comment quand oublier le piano)

il y a le feu
le feu est dans la cheminée
le feu heureux le feu statistique
le feu qui démange le dos le feu abrupt

une gouttière ou pas
sur la façade au milieu une descente

des points d’indécision
aux moments stratégiques de tendre le bras

dans l’encre bleu mystère
se gorger de passé simple & composé

la stabilité des objets la chérir
comme le goût du persil sur le brocoli

une gouttière ou pas sur la façade
des points d’indécision à l’infini ce serait fini (?)

[lancer la conversation]

 

? et littérature (l’autre mot a disparu, absorbé dans les replis de la mémoire, il ressemblait possiblement à « confiture », sauf s’il s’agit d’une reconstruction, et la plupart du temps, hélas, il s’agit d’une
reconstruction)

au bout de la vie il y a le rouleau, affirme le père, mystérieusement mais aussi familièrement, comme s’il le connaissait personnellement, ce rouleau

- ce qu’on aimait avant on ne l’aime plus maintenant -

c’est la nuit, on se cause franchement, et nos rires résonnent à cause de l’absence de meubles

on met un mot en l’air, ou quelques mots, on les dépose au bout des doigts, comme une offrande, comme l’offrande qu’on ne sait plus faire, l’a-t-on jamais su, comme l’offrande qu’on ne fait plus, l’a-t-on jamais faite, bref,
comme l’offrande ou pas l’offrande au bout des doigts quelques mots en l’air et basta

(…)
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant.
Jean de La Fontaine, La cigale et la fourmi, 1668

situation telle qu’elle est

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier

examinant les devers & les travers
ruminant davantage pourparlers
aux tables officielles
sautant sautillant ondulant
tel un petit fretin au bout de sa canne

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier

préoccupé lièvre étonné dans le champ au loin
de la vue dégagée se cacher
par bonds successifs impromptus d’Alice
résurgence d’un langage enfoui dans les blés
déjà prématurés déjà grillés

situation telle qu’elle est
de la cave au grenier
répétant l’inacceptable accepté
répétant l’inertie la lenteur la paralysie
répétant l’impuissance politique
des creusements dévidés
des accents partagés
des inimitables broderies rhétoriques
des chantournements sémantiques
des déraillements insolites

de la cave au grenier
situation telle qu’elle est : apocalypse now
encore un film
encore à voir
encore un peu de la

/// situation telle qu’elle est
de la cave au grenier ///

falbalas inhabitables & surprenants

 

le sens et l’ordre des mots
le sens et l’ordre du temps
l’ordre des choses et leur sens

le sens des plumes et des fleurs
le sens des roses et des jonquilles
le sens de la ligne droite

l’ordre des beautés insignifiantes
le sens des choses laides
le fard des vieilles dames

le silence et son écho
le silence inexistant
le silence qui criaille ou aboie

le sens et l’ordre des mots
l’ordre des mots
le sens de l’ordre.

[un renard bicolore et très intelligent, m’attendait sur une petite route,
et c’est au dernier moment qu’il a disparu dans les fourrés,
non sans m’avoir profondément interrogée de son regard de renard
– une seule lettre d’écart -]

                                                                      ……de quoi fabriquer une langue……