UN ROMAN DES JOURS RAPIDES – jour 4

jour 4 – Cette robe, tout de même, beaucoup trop d’incertitudes, la longueur, la couleur, l’année, la femme dedans. Chaque femme est une incertitude, il (VM ?) l’avait suffisamment lu chez les postmodernes, il lisait la femme, la robe, tandis que la robe et la femme se prélassaient, unies bien que parfois rayées. 1994. La robe de Carola. Il ne se souvient pas, il n’y a que des pantalons ou bien des tailleurs convenus au fond de la salle du restaurant. C’est la fin des secrétaires, et parallèlement le crépuscule des tailleurs escarpins bas chair.

La robe, plus que la jupe, signifiait pour lui (VM ?) le corps de la femme (enrobée plus qu’enjupée), alors que la jupe, pièce partielle de la tenue complète, imitait finalement le pantalon, pièce adverse du sexe opposé, insuffisamment distinctive. Robe : unique. Enfiler une robe : chose que jamais il ne fit (mais est-ce que VM réellement s’intéressa un jour à ce genre de choses ?). Un jour avec Carola, ils avaient évoqué ce sujet de la robe, l’identité faite femme, une autre sorte d’identité, mais il avait bien pris soin que sa pensée n’apparut point roturière. Et employé des mots très compliqués pour lui embrouiller l’esprit. (VM ? sûrement, c’est bien son genre).

Vers 1974, c’est à dire bien longtemps avant 2014, Carola avait eu un point de vue radical sur la robe, comme :

  • le truc que je me mets sur le dos (basique)
  • frrrrt pour épouser mes formes (personnalisé fierté)
  • frrrrt pour cacher mon corps, non, jamais ! (défensif fierté)

Et pire : ce n’est rien. Une robe n’est rien, non plus qu’une cafetière rouge non plus que ce chien jaune ou ce meuble en bois massif sombre. Toutes sortes d’événements sont contenus dans les choses et les robes, mais eux, que sont-ils ? Et pire : que seront-ils dans le futur ?

Carola regardait partout et plus aucun objet ne faisait sens, au sens de son usage restreint ou élargi ; elle observait des caractéristiques s’interpénétrer comme les étages d’un ferry, et voguant, ferry massivement encombré de son propre corps ; la grande équivalence était là, elle la touchait du doigt : une robe ou n’importe quoi d’autre ne la différenciait pas en tant qu’être humain de sexe féminin. Les formes de Carola à peine effleurées par sa robe, ses formes si loin de sa robe, au point qu’une robe, finalement, pourquoi ? Le corps de Carola n’était qu’une machine musclée, androgyne, machine de formes recouverte de tissus agencés.

Auteur : Édith Msika

femme de lettres et du néant, probablement

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