UN ROMAN DES JOURS RAPIDES – jour 14

jour 14 – Depuis que VM a mis une chemise hawaïenne, quelque chose a changé. Vraiment. En profondeur. La coiffure est toujours la même (cette dissymétrie capillaire et grise parfois flamboyante à cause de la masse d’un seul côté). Devant lui, de l’eau. Quelque chose ne va pas. Mais pourtant c’est exactement cela qui se présente : une curiosité faite VM en chemise hawaïenne.

Le drame du paysage, c’est qu’il est sous les yeux et que trop souvent il induit une description, puis, plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de constance, des personnages. Un homme marche très lentement ; il porte des sandales marron, dans une teinte qui n’est pas sans rappeler le visage de VM l’été, olivâtre. VM avant qu’il cesse de se mettre au soleil, après qu’il a cessé d’écrire. C’est bien triste. L’été continue de passer, plusieurs fois de suite. Deux jeunes femmes dans des robes très colorées et courtes, aux mollets très formés, partent ensemble après qu’elles se sont retrouvées puisqu’elles avaient rendez-vous, probablement pour déjeuner. Le monde se réduit souvent au déjeuner.

Le déjeuner serait infini, il n’y aurait plus qu’un seul déjeuner, d’un point A à un point B. De même que la joie serait durable, donc infinie, il n’y aurait qu’un seul sentiment. Un seul estomac.

Pendant ce temps, le temps de l’amour, le temps de la blanquette, le temps des considérations, les événements ne s’arrêtaient pas, et même survenaient, comme il est dans la logique des choses. Il y a lieu de préciser le déchet, car la déchetterie de tout ce plein est à ras-bord : il y a urgence.

Auteur : Édith Msika

femme de lettres et du néant, probablement

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