Il ne reste presque rien de leur promenade dans Dublin.
L’achèvement de la bipolarité mondiale laissera le monde monde : unique. Un seul monde accouche de la mondialisation du monde. Fin des ennemis. Eux vont faire un enfant l’année prochaine. Ne le savent pas encore. Un peu des ennemis comme ceux qui s’aiment ; s’unir pour procréer un être unique.
Le temps présent : Gabrielle et Luca sur le pont supérieur du ferry, accoudés au bastingage. S’ennuient. Les années 80, vaste désert d’ennui. Avant la déflagration berlinoise qui préfigure l’enfant. Un mur tombera.
l’homme qui s’occupe des fleurs enlève les pétales fanés tout en parlant avec une vieille femme tout en répondant à ses questions la vieille femme pose des questions précises
l’homme qui s’occupe des fleurs a la peau bronzée on n’en saura pas plus bien sûr qu’on en saura plus il répond à la vieille femme très précisément
toutes les questions de la vieille femme sont prises en compte toutes elle réfléchit et dit encore et ces fleurs pourquoi sont-elles en feuilles parce qu’il arrive qu’elles soient dérangées
les fleurs peuvent mettre du temps à arriver elles ne se trouvent pas bien là où elles sont elles réfléchissent alors oui il suffit d’un mètre même pas et tout change et elles fleurissent
la vieille femme semble perplexe elle a vu le teint hâlé les yeux noirs de l’homme qui ôte les pétales fanés un à un de larges pétales roses tout en répondant à ses questions précises
longtemps après elle se souvient du teint de l’homme et de ses yeux noirs plus que de ses réponses elle l’a regardé comme elle regardait les hommes il y a si longtemps quand ils réfléchissaient
qu’elle ne s’intéressait ni aux fleurs ni aux oiseaux mais seulement à la force des hommes à leur musculature à leur odeur à leurs bras peu importait ce qu’ils prenaient dans leurs bras pourvu que ce fût elle.
*
j’ai ensuite demandé à ChatGPT : – tu peux écrire un texte poétique sur « l’homme qui s’occupe des fleurs »(titre initial de mon texte) ? voici sa réponse : un poème, également composé de sept strophes, bizarrement, mais en quatrains (vs ma composition en quintils libres)
Dans un jardin secret, là où les douces brises murmurent,
Un homme bienveillant s’occupe des fleurs avec ferveur.
Tel un artiste, il danse parmi les parterres colorés,
Son amour pour la nature en chaque geste sublimé.
Tel un orchestre invisible, ses doigts habiles jouent,
Une symphonie florale dont les pétales s’épousent.
Il comprend les secrets de chaque plante et de chaque graine,
Les caressant avec délicatesse, sans peine.
Il connaît les cycles de la vie, les saisons qui s’enchaînent,
Des bourgeons fragiles aux fleurs qui se déchaînent.
Avec tendresse, il leur offre l’eau et la lumière,
Veillant sur leur épanouissement, leur destinée éphémère.
Il est l’âme qui donne vie à ce jardin enchanté,
Ses mains, telles des baguettes, sont habitées d’une magie.
Chaque bourgeon qui s’éveille est une note de bonheur,
Éveillant les sens, éblouissant les cœurs.
L’homme qui s’occupe des fleurs, gardien de cet éden,
N’est-il pas un poète, un jardinier de l’infini ?
Dans chaque pétale, il contemple la beauté du monde,
Et son amour pour la nature ne fait que grandir en onde.
Ainsi, cet homme, humble messager de la terre,
Donne voix à l’expression d’un amour solidaire.
Dans son jardin secret, il révèle une vérité précieuse,
Que l’harmonie avec la nature est un trésor merveilleux.
Alors, saluons cet homme, ce gardien des fleurs,
Qui, par sa passion, embellit notre existence en couleurs.
Son amour pour la nature, un cadeau à préserver,
Pour que ce jardin de la vie continue à prospérer.
Oeuvre de Patrick Renaud, photographe contemporain. Son site (partagé avec Marie Combes) pour un aperçu de leurs nombreuses séries : COMBES & RENAUD
cette : perdition ce : tournoiement de mots impuissants dans les : pensées tournantes volantes : qui circulent et tournoient de gauche : à droite sans jamais : se poser
l’homme papa : dans un couloir errant dans ce couloir : chambres avec numéros sa chambre : perdue le numéro : perdu juif errant : homme pleurant papa perdu : volutes de pensées instables
le couloir : sépare et conjoint les chambres : paires et impaires l’homme papa : dans la chambre paire pas la sienne : pas à soi ne retrouve plus : l’impaire sa chambre : monde disparu
monde dans lequel : comment être ?
II – la femme maman
dans le couloir : tenter de remarcher lentement : un pas après l’autre s’appuyer : sur le mur se hisser : hors du fauteuil roulant sans le bras gauche : mort avec la canne : quadripode
la femme maman : hémiplégique dans le souci de : l’homme papa de l’autre côté : du couloir elle dans sa chambre paire : lui venant sans cesse revenant : dans sa chambre sans cesse : cherchant quelque chose
le couloir : leur vie l’homme papa : chercher la femme maman : marcher c’est pas une vie : le couloir c’est pas une vie : les chambres à numéros c’est pas une vie : leur vie
monde dans lequel : désêtre ?
[& même s’il y a un jardin, des visites, des amis, des enfants, des couleurs, du soleil…]
paysage désactivé voir ce que j’en fais maisons disposées sur les collines serrées entre elles se chevauchant
oh les beaux nuages presque dessinés j’ai jeté ce livre de Bonnefoy trouvé n’en voulais pas trop de Dieu dedans
les branches du figuier les fleurs des iris faire une photo d’eux se tenant debout décor voiture rouge foncé portail ouvert
je devrais photographier les branches du figuier voici ce que je dis en me garant à les toucher ces branches fières et leurs feuilles nouvelles si vertes je tourne le gros bouton des fréquences difficile d’entendre la radio grésiller
le regard ne fait que voir sans faire maisons au loin dessinées collines paysage désactivé par leur absence.
J’ouvre les volets, brassée d’air frais au visage. Je pars. C’est décidé, le ciel est bleu, je pars. Je prends ma voiture, l’A86, l’A15, je vais dans le Vexin, je vais dans l’herbe. Je vais, je pars, j’use de verbes rouillés depuis deux semaines. Une dépense folle de verbes de mouvement. Une ivresse de la vitesse interdite, cheveux au vent. Je fugue, je me casse, je roule vers le vert. Rien d’autre que le vert. Dans un premier temps. Puis rouler vers la mer dans un second. Luxe des luxes. Quitter la ville vidée. Partir dans la campagne vidée.
Hier soir, elles criaient Bravo les docteurs !, les petites du premier d’en face, massées à l’orifice de la fenêtre, volet descendu, cous tordus vers le haut. Je sifflai entre mes doigts, puissamment, index et majeur des deux mains dans la bouche, langue repliée vers l’arrière. On applaudissait fort, ça criait, on applaudissait encore, on se regardait dans la nuit. Les lumières blanches acides des smartphones dessinaient des intentions, caressaient les ombres des angles. Chacun tentait de dire et de répondre. Verbes de parole. Ce qui émeut, dedans. Et qu’on ne sait pas.
Ce matin je me tire, c’est une fugue diurne. Je pars dans les mots, j’invente les verbes de bord de routes herbes folles, je me penche et cueille tout en roulant des énoncés de paysages, des descriptions de reliefs, d’arbres inconnus. De déchirements intérieurs aussi. Bravo les docteurs ! La police veille. Je n’ai aucune raison valable de partir, de rouler, d’aller. Rester, verbe d’état. Je reste chez moi, l’État me le demande. J’obéis. L’État c’est moi, j’use d’un verbe d’état. C’est cohérent.
Je choisis les mots mais ils manquent, comme d’habitude. Je voudrais ne pas les écrire, n’en écrire aucun et rouler à la place, et m’arrêter pour regarder l’horizon si je le décide. Je serais empêchée d’écrire, obligée de me tirer, de fuir un danger. Je me cache. Je préfère ne pas me cacher. Bravo les docteurs !, ai-je crié avec les petites. Verbes de parole, c’est de la rigolade, ces verbes, du blabla pour toutous à sa mémère. Je veux du verbe d’action, du verbe costaud, du qui déménage : je décide. Je décide de ne pas partir. À la place, j’écris. Comme quand j’étais malade. Mais je ne suis pas malade. C’est un semblant. Je suis l’État. Je reste chez moi.