ce serait une vieille lune une lune toute ridée une lune riante mais ridée qui aurait vieilli avec moi qui irait se coucher tôt s’étalant sur le matelas comme entre deux pages avec la couette par-dessus
l’argent tiramisu aucune IA n’écrira jamais comme moi même jamais c’est trop tard et si tard que pourraient les ingrédients fondre en bouche si tard qu’ils ébauchent et trébuchent le dessert ils le ratent faramineux déficient
ce fut l’avant cesse l’avant chantonne l’enfantine ce fut l’avant cesse l’avant ses roues à aube sur le Mississipi et tutti quanti qu’aucune IA jamais n’imitera
j’ai expérimenté le chou-fleur qui fait peur, j’en ai fait une effilochée au curry + huile d’olive sel poivre /
je savais pas quoi en faire, je pensais le jeter mais pas : guerre en Ukraine ça craint – pas : on jette pas – une fois recuit, réduit par le presse-purée entre parenthèses ça fabrique du jus et l’effilochée reste au dessus dans la tourniquette bref le bordel
cuisson : d’abord rien d’abord congelé en entier tout entier ensuite cuit tout entier tout congelé crispé dans une marmite ensuite jamais cuit jamais ensuite ça pue ça pue ça pue trop ça pue tant et tant gênée je le remets au frais une fois froid ça pue quand même au frigo je le couvre avec un film une fois filmé je sais toujours pas quoi en faire
très fort je pense le jeter j’en parle à la voisine guerre en Ukrainepas jeter le chou-fleur elle me donne des pommes on sort les poubelles il me fait peur le chou-fleur quand je le sors du frigo je peux pas le jeter je cherche sur internet je vois purée de chou-fleur au curry je le recuis en le découpant mais c’est pas un poulet je le recuis mais il cuit pas
il cuit jamais j’ai peur du chou-fleur même en bouquets j’en ai marre j’éteins sous le chou-fleur je pense à autre chose plus tard je reviens je fabrique l’effilochée telle que décrit plus haut j’en prélève un peu je saupoudre de curry je verse l’huile d’olive je sale je poivre d’Indonésie encore tiède dans un bol blanc
dans un autre bol blanc je mange une banane au calva & j’entends Philippe Katerine des bisous des bisous des bisous je ne veux plus jamais travailler plutôt crever non mais laissez-moi manger ma banane tout nu sur la plage
un sens de l’exhaustivité mêlé à un sens aigu de l’ellipse
un temps plus loin un temps d’avant un temps mort un temps
recourir aux artifices qui masquent et enjolivent
la hauteur juste la note juste le rythme juste
dans le silence ce bruit de se débattre encore
contrer l’évidence contrer le fait contrer
leurs trois corps désormais gris bleuté argenté leurs griffes fines soudainement figées dans ce dernier geste d’agripper la paroi lisse de l’arrospoir : l’espoir de l’arrosoir
[avec une cantate de Bach un matin lumineux en Finistère]
tous les enfants en scène s’il vous plaît tous les enfants en scène merci il y faut des points d’exclamation et des pas chassés des ternaires appuyés filles vers garçons deux par deux
de flammes sans air
feu craquant flammèches s’élancent ce sont les circonstances qui font les ardeurs dégringolées les souffles longs les aspirations
tout ce qui s’embrase s’élève et accélère et cède entendre le final de l’opérette leurs sourires choraux satisfaits le bousculement symphonique pour que la fin soit fin consumée à la fin du feu craquant…[Da Capo al Coda]
– considérations énervées sur le feu – le feu a besoin du petit secret mais avant d’en arriver là, il lui faut de l’air, beaucoup d’air, il a besoin de verticalité et de rondeur mais surtout de séparation
il faut qu’il puisse s’exprimer, qu’il ne soit pas étouffé
sinon il fume, rageusement, il fume et enfume le petit secret c’est tout au bout quand il a brûlé.
Peinture de Nikolai Makarov, Museum der Stille, Berlin
(…) avec le teint jaunâtre et bilieux du Malais, émaillé ou plaqué d’acajou par l’air marin,(…) Thomas de Quincey, Confessions d’un mangeur d’opium (glissade sur description, passage glissé)
lisant l’hiver enfoncée dans le canapé l’exacte sensation de glissade sur les descriptions de l’enfance lisant et lisant tout en glissant déjà glissé plus loin toujours plus loin sur les descriptions long toboggan longue glisse et revenir deux pages en arrière glissantes glissando glissant tous les livres toutes les pages toutes les pages encore tous les livres sur la table en attente tous les livres sur lesquels glissent les yeux se tournent les pages
et son corps cambré dans une attitude d’indépendance
On ne pouvait imaginer tableau plus frappant que le contraste offert par le beau visage anglais de la jeune fille, sa blondeur exquise ————— et son corps cambré dans une attitude d’indépendance, —————— avec le teint jaunâtre et bilieux du Malais, émaillé ou plaqué d’acajou par l’air marin,
glissade d’hiver sur canapé enfoncée de l’enfance l’exacte sensation de la glissade glissando glissante répétée dans le fond des phrases, grisante glissade au fond du lire sur ses pentes accélérées jusqu’au point même du point —————— ses petits yeux farouches et inquiets, ses lèvres minces, ses gestes serviles et ses révérences.
Jusepe de Ribera, Une chauve-souris et deux oreilles, vers 1620-1623.
Inscription ”Fulget semper virtus” (La vertu brille éternellement).