Livres :
Une théorie de l'attachement, P.O.L, 2002 /
L'enfant fini, Cardère éditeur, 2016 /
pipelette dancing, Editions louise bottu, 2022 /
L'homme en bleu, Julien Nègre éditeur, 2022 /
Introduction au sommeil de Beckett, Julien Nègre éditeur, 2023 /
En robe orange, Julien Nègre éditeur, 2024 /
Sa vie de personne, Louise Bottu, 2025 /
Textes en revues papier : Les Moments Littéraires N° 53, janvier 2025,
Olga n° 3 et 4 (2024, 2025), larevue* 2019, 2020, 2021, 2022, 2024, 2025,
Revue Rue St Ambroise n° 45 (2020), TXT n°33 (2019), Jungle Juice #6 (2017),
Inédits sur le web : Poesibao III, n°2, janvier 2025, Atelier des auteurs P.O.L, remue.net, libr-critique…
Nous avons du mal. Je le dis parce que nous avons du mal. Je le dis parce que c’est vrai, mais surtout parce que nous avons du mal et qu’il faut le dire. Plus exactement parce que je dois le dire, alors je le dis, deux points, nous avons du mal.
De dire que nous avons du mal ne présuppose en rien pourquoi. Je pourrais dire pourquoi, mais ce serait déjà compliqué, déjà entrer dans un niveau de complication du sens. Je pourrais dire pourquoi mais ça s’enfuit. Nous avons du mal parce que nous sommes nés.
Je dis nous parce que nous sommes plusieurs, et, bien que je ne sache pas exactement si le mal que nous avons est identiquement le même, je dis nous. Je ne peux pas savoir mais je dis nous, parce que nous ne pouvons pas parler en même temps, pas parler exactement en même temps.
Nous avons du mal, c’est vrai. Nous ne complotons pas pour avoir du mal, nous l’avons. Nous avons du mal, on pourrait dire, à être ; nous pouvons le dire, avec précautions, et d’autant plus que ça ne se voit pas. Nous avons du mal mais ça ne se voit pas. Ni vu ni connu, nous avons du mal.
A être, parce que nous sommes nés, nous avons du mal. Dit comme ça, c’est opaque. Dit comme ça, ça reste dans un coin, abandonné, un peu piteux. Bancal. Pourtant, nous avons du mal n’est pas seulement une phrase, mais : quelque chose que nous ressentons. Aussitôt dit, aussitôt fui.
Nous nous coagulons parfois, comme des cellules-souches, tentant de vérifier si le mal que nous avons se ressemble ou non. La coagulation n’est pas une solution, nous le savons. Nous voulons, nous tentons de vérifier si du mal que nous avons, se ressemble.
Nous cherchons les mots qui peuvent dire Nous avons du mal. Mais ils sont déjà là, déjà dits, il n’y en a pas d’autres. Nous cherchons un éclairage pour Nous avons du mal. Et c’est même épuisant de chercher parce que c’est dit mais qu’il faut le dire mieux : ce n’est pas qu’il faut le dire, mais il faut quand même le dire, même sans il faut. Le dire avec insouciance ; ce sera impossible. L’insouciance ne sied pas à Nous avons du mal.
Nous avons du mal pourrait ressembler à une respiration coupée, c’est souvent le cas. Mais il est évanescent. La caractéristique de ce mal que nous avons est sa fugacité, son caractère fuyant. Nous pouvons difficilement mettre la main dessus, d’autant plus qu’il est fugace.
Nous qui aimons la précision, nous avons du mal : les mots manquent, à l’évidence.
(écrit le 2 mai 2014,
déposé sur facebook le 7 juin 2014,
retrouvé le 7 juin 2025)
Mathilde Hess, Pages, 2025, installation de dessins, encre sur papier, six bandes de 30 cm sur 25 mètres (Chapelle St Jacques, Vendôme)
talons en biseau pas très hauts relativement carrés empeigne montante lacet courtement serré seulement un croisement sur la cheville larges écailles marron brillant forme très en pointe poulaines possibles du chevalier
la légère sueur poudreuse émise par la peau du crocodile aux pliures des pieds la crème fine qu’il fallait étaler sur la peau pour la soigner avec une chamoisine douce idéalement les embauchoirs en bois de cèdre avant remisage
le nom oublié puis revenu toujours sans le chercher revenu sous forme d’eurêka avec à sa traîne l’ambiance d’un carrefour où chaque samedi une femme léchait des vitrines avec à sa traîne robes et parfums…
le souvenir a disparu, ne reste que le souvenir du souvenir il s’agit non pas de quelqu’un d’autre, mais d’un autre état du quelqu’un, quelque chose s’est perdu mais quelque chose s’est perdu
de dos tu es athlétique quelque chose s’est perdu quelque chose s’est perdu, mais ça ne date pas d’hier
le souvenir a disparu, ne reste que le souvenir du souvenir qui est derrière la vitre ? examiner les idées banales
trois morts sont apparus dans le même plan comment aborder ce personnage une femme conduit, s’arrête, repart près du lac, près des montagnes / on connaît des trous des gens, des trous dans le tissu de leur histoire
de la chantilly là où seule la meringue était proposée un épais brouillard est tombé sur le coin ce micro-couteau suisse incluant un ciseau la mer n’est pas que la mer se laisser aspirer par cette atmosphère transcendentale se laisser aspirer par l’aspiration-même avoir du violoncelle dans les oreilles sur son lit de mort
bonjour, puis : quoi de neuf ?
Cité internationale de la langue française, Villers-Cotterêts