Livres :
Une théorie de l'attachement, P.O.L, 2002 /
L'enfant fini, Cardère éditeur, 2016 /
pipelette dancing, Editions louise bottu, 2022 /
L'homme en bleu, Julien Nègre éditeur, 2022 /
Introduction au sommeil de Beckett, Julien Nègre éditeur, 2023 /
En robe orange, Julien Nègre éditeur, 2024 /
Sa vie de personne, Louise Bottu, 2025 /
Textes en revues papier : Les Moments Littéraires N° 53, janvier 2025,
Olga n° 3 et 4 (2024, 2025), larevue* 2019, 2020, 2021, 2022, 2024, 2025,
Revue Rue St Ambroise n° 45 (2020), TXT n°33 (2019), Jungle Juice #6 (2017),
Inédits sur le web : Poesibao III, n°2 et 5, janvier et septembre 2025, Atelier des auteurs P.O.L, remue.net, libr-critique…
Absolument rien de la description ou de la narration ne fait le poids (ne pondère) des mots. La littérature n’est ni un récit ni un raconter ni une vision… probablement la nécessité de peser en mots. 14 août 2013, petit carnet jaune foncé, dernière page.
il s’agit des lieux d’antan des lieux douloureux comme des amandiers des chutes d’amandes à terre des plateaux horizons d’un infini du paysage d’une beauté si falsifiée que même le mot chute comme les amandes
de ces lieux impossibles par le son par l’image par le texte impossibles comme le piano interdit par la gravité des notes qui chutent comme les amandes & restent à terre.
ça commence comme ça : ça patine dans ma tête, non que ça fasse du patin, encore que,
ça s’écrit à la plume, celle qui marque les pleins et les déliés comme dans nos cahiers d’écriture que plus personne ne connaît
nos bureaux et nos encriers, nos plumes et nos porte-plumes nos bureaux d’enfants à grosses tubulures vert kaki
ça patine dans ma tête, et à mon bureau ça s’écrit sur un bloc papier à petits carreaux, ces cinq mots
*
c’était le matin, ça patinait dans ma tête, non que ça patine vraiment mais ça patinait et ça s’écrivait noir sur blanc
ensuite, tout se mélange et se superpose les guerres patinent dans leurs têtes & dans la mienne
l’incertitude domine, ça patine sur les parquets cirés ce sont des pas de danse mortels, glissés, longuets
un funèbre obscurcissement mondial traîne dans les azurs convoités les azurs troués de fumées
*
ça patine encore dans ma tête et dans la leur quand les jours ne sont plus que lambeaux du temps & ça ne finit pas même quand il est seize heures qu’à l’ombre on se terre et qu’ailleurs on meurt
ce serait une vieille lune une lune toute ridée une lune riante mais ridée qui aurait vieilli avec moi qui irait se coucher tôt s’étalant sur le matelas comme entre deux pages avec la couette par-dessus
l’argent tiramisu aucune IA n’écrira jamais comme moi même jamais c’est trop tard et si tard que pourraient les ingrédients fondre en bouche si tard qu’ils ébauchent et trébuchent le dessert ils le ratent faramineux déficient
ce fut l’avant cesse l’avant chantonne l’enfantine ce fut l’avant cesse l’avant ses roues à aube sur le Mississipi et tutti quanti qu’aucune IA jamais n’imitera
la fille d’une femme qui court, sais pas pourquoi, cherche pas à savoir, cherche à savoir, sais pas, être la fille d’une femme qui court, être la fille d’une femme qui court est une difficulté de la vie courante, de la vie courante qui ne court pas tant que ça,
mais ce n’est pas le sujet, le sujet est : « être la fille d’une femme qui court », ou bien « femme qui court », le sujet, une femme qui court, il y en a plein,
là encore, aucune issue, je ne suis pas la fille de toutes les femmes qui courent mais d’une seule,
qui suffit à ne pas aimer ce fait, cette activité, non pas en soi, parce que courir n’a rien mais rien à voir avec une femme qui court dont je suis la fille,
et plus cette femme court, plus je suis sur place, plus je suis contemplative, plus je suis aux antipodes, plus je ne cours pas, moins je cours,
pourtant je courus, je courais, j’étais une athlète, je courais le cent mètres très rapidement, je courais de courtes distances, courantes
27 juillet ! : la fille d’une femme qui court, la fille d’une femme qui tricote, la fille d’une femme qui marche, qui fait du vélo, qui fait du jogging, qui grimpe sur les montagnes, qui
12 août 15 qui chasse les rats, à 79 ans passés
autre version, 5 septembre 2018
la fille d’une femme qui court,
être la fille d’une femme qui court est une difficulté de la vie courante,
de la vie courante qui ne court pas tant que ça,
et plus cette femme court, plus je suis sur place, plus je suis contemplative, plus je ne cours pas, moins je cours,
pourtant je courus, je courais, j’étais une athlète, je courais le cent mètres très rapidement, je courais de courtes distances, couramment.
Léon Bonnat, Autoportrait, 1860 (don au Petit-Palais, Paris)
La vue du lac, est-ce un but ? Dès que je suis sur le lac, je ne suis plus dans cette idée caressée du lac : la réalité est plus rude (voix du guide, par ex.), le lac est réduit par son décor. J’aurais plaisir à y nager s’il faisait beau, ce n’est pas le cas ; et même quand je nage dedans je préfère l’écrire. L’intérêt d’être sur et dans le lac tient à ce que je peux l’écrire.
(…)
30 juillet 2019
À l’Institut de Recherche Robert Musil, je consulte ses Journaux. Dans la préface, Adolf Frisé indique : (…) l’acte d’écrire est plus important que l’œuvre, l’acte d’écrire est l’œuvre. et aussi, Philippe Jaccottet : Musil prenait volontiers des notes dans plusieurs cahiers à la fois.
Novembre 1932, Robert Musil : Est bien écrit ce qui vous paraît, au bout d’un certain temps, étranger ; impossible à refaire.
[Ce jour, je termine un roman, que j’espère voir publié, et cette note de Musil, que je fais mienne, est parfaitement adaptée à ce jour.]