jeune femme, flirter avec la prostitution

un bruit court que la mort non, un bruit court comme une gymnaste, un bruit

le bar ouvert tard le soir, le bar et ses hauts tabourets, le bar

des années que ça dure, des années que c’est fini, des années

les souvenirs et le bruit des balayeuses, le bruit des années balayées

 

jeune femme, flirter avec la prostitution

 

là-haut sur la montagne, l’air pur, la montagne, descendre et regarder

regarder le regardable là-haut : les sommets enneigés au loin, encore

à cette saison, encore de la neige, de l’après-saison la neige

 

jeune femme, flirter avec la prostitution, anciennes années

 

un bruit court que la mort non, courante gymnaste aux sommets enneigés

regarder le regardable, au loin porter le regard : neige blanche

 

jeune femme, flirter avec la prostitution, neige du regard

 

des années que c’est fini, des années que ça dure, des années

le bruit des balayeuses, le bruit des années balayées

emploi raisonné de l’imparfait

récit nourri de causes multiples
récit nourri avec couteau 1 : la poire n’avait pas de centre
recit nourri avec couteau 2 : la laitue avait deux coeurs

la laitue affectueuse et la poire vierge de pépins
avaient en commun un couteau et l’imparfait du récit

les deux bouts du récit ne se tiennent pas
ils se tiennent rarement dans les récits nourris avec couteau

le mot anxiogène n’existe pas dans la langue
et pourtant il est utilisé à des fins politiques précises

le permis de séjour d’un récit nourri de causes multiples
serait contresigné par l’urgence mais sans ses causes

à quoi sert couteau 1 ? à séparer les épluchures de la chair
à quoi sert couteau 2 ? à réduire la salade à ses feuilles
à quoi sert un récit nourri avec couteau ? à employer l’imparfait

appauvrissement de mon cerveau :::

j’ai deux idées contradictoires exactement en même temps :
m’asseoir et rester debout,
je vais pour m’asseoir (aller pour s’asseoir ?)
mais au même instant je décide de rester debout
mon cerveau reçoit la double information,
mon corps a une brève hésitation, que je ressens :
je vacille, mon fauteuil, léger, se recule,
je faillis tomber, je ne tombe pas,
mes jambes se déplacent, se replacent,
emportant mon corps dans la pièce connexe

je pense : la marche est la résolution d’un équilibre instable

mais auparavant j’avais pensé : mon cerveau s’appauvrit

le déplacement d’un pas ou deux liquide la contrainte,
dénoue la fixité, déloge le paradoxe, encourt le neuf :
l’accident reste valable à toute invention

je ne sais pas le lien entre
la pensée de l’appauvrissement de mon cerveau
et ma chute possible et son évitement

il n’existe pas de chute possible dans l’hésitation
je pense : une chute serait un renoncement
je pense : chut

 

 

 

[non solum sed etiam]

il y a plusieurs choses que non,
d’abord il y a non, bien sûr, on l’aurait pensé, qu’avant de devenir plusieurs, il est seul, non, plusieurs choses sont non, à la fois de manière rétroactive, dans les années qui reviennent ;
et sont non, actualisées par comparaison,
sont non, rétroactives et même parfaitement actives, dans la dimension de l’ancien, et dans la dimension du maintenant (et du demain tant qu’on y est),
mais aussi, de l’ailleurs et de l’ici ;

si elles sont non, et plusieurs, ces choses, elles s’éprouvent à contre-courant, dans leur étant de non ; par exemple, le vivre-ensemble est une foutaise, ils font trop de bruit, c’est non – ou bien il faut manger des radis, c’est bon pour la santé, mais ils piquent, c’est non –
ou encore, il faut trouver du travail alors que travailler n’a aucun intérêt, c’est encore non ;

on se trouve donc devant un transport de non, tous aussi motivés les uns que les autres à ne pas (ils sont chacun dans un wagon à prendre leurs aises, pas de promiscuité naturellement : le non est confortable, par définition, et le fait d’être plusieurs ne déteint pas sur ses convictions respectives), et paraissent admirables dans leur étant de non imbriqués dans plusieurs choses :
actionner les non sans aucune panique, définit, au mieux du plus près, l’être humain debout, l’un après l’autre, ou simultanément, dans la couleur qu’il choisit, lui, pour ne jamais plier ;

dans les trois exemples cités, un dénominateur commun : le creux ;
le vivre-ensemble est un concept creux,
le radis est creux,
le travail est une obligation creuse ;
le creux est le paradigme de l’odieuse condamnation à remplir (une vie, par hypothèse) alors qu’il est tellement plus judicieux, le creux, de le laisser creux de manière à jouir des plusieurs choses que non en suspens au bord

s’ensuit une grande dérive

notre monde à la chute duquel on a tous participé

mais trop grand : il y a cette nécessité, disent-ils

pourquoi ces pronoms, dit-il ? quel est leur origine ?

le on, le nous, les autres, et al.

reprise : s’ensuit une grande dérive

lorsque je l’aperçus, je me levai de mon strapontin
et le hélai : hé ! avec le bras
il passait sur le quai, passablement embrumé
me vit alors et son regard s’éclaira : ah !
la portière du métro se referma brutalement
je me rassis non sans avoir eu le temps
de faire le geste exclamatif : je te téléphone !
ou bien : on se téléphone, le on étant alors je et tu
le vieux geste avec l’auriculaire et le pouce
de l’oreille à la bouche : distance adéquate
du je au tu et retour

les aiguilles du réveil persistent à avancer

ainsi que sa trotteuse contrastée

son bruit couvre celui du monde trop grand

à la chute duquel on a tous participé

s’ensuit une grande dérive.