rognures de notes sur le Dasein et le Gerede

comme ça vient : de l’impossible toujours possible

une note après l’autre : le beau s’est éloigné

crainte de l’abaissement : la catastrophe a déjà eu lieu (Winnicot)

le blabla de l’être-là : est là. est, en ce sens, là.

il ne s’agissait pas de cela : alors de quoi ?

par temps de – – – – – – – remplacer les tirets par un mot

texte à trous : il l’est toujours, puisque la langue l’est, trouée

nous dirions encore : quel est ce nous ? (hein ?)

ce ne sont pas des notes : non, c’est un semblant

voici des notes : qu’auriez-vous pensé de la finitude ?

L’angoisse est une disposition affective qui remplit la fonction de ménager à l’être-là une ouverture vécue et primordiale pour l’être-pour-la-mort.
L’angoisse se distingue des autres dispositions affectives en ce qu’elle met le Dasein en présence du non-étant.
L’angoisse désigne le sentiment de la situation où intervient l’épreuve authentique de la finitude.
(notes extraites de La notion de finitude dans la philosophie de Martin Heidegger,
Henri-Charles Tauxe, L’âge d’Homme, 1971)

le beau s’est éloigné : on regarde le bleu

on regarde en l’air : on lève, on relève ? on révèle ? on rêve ?

comme ça vient : le blabla de l’être-là

[autres rognures de notes]

snow pillow shadow

le beau est un moment
mais le beau n’est pas intéressant

pas tout le temps le beau
le beau lève le beau soulève le beau élève

le beau c’est si haut que jamais
l’échelle ne l’atteint

le beau remplit le thorax
parce qu’il est respiration amplifiante

creuse dans le noir le beau surgit
craque l’étincelle des courbures suaves

snow pillow shadow
mon esprit est en morceaux

petit poème du brocoli [dit ppb]

j’vais tricoter un brocoli
j’vais l’bricoler l’tripoter
un brocoli frisé tout vert

j’vais l’plonger dans l’eau
j’vais l’voir verdir et verdir
pis j’vais l’bouffer

si bricolé l’brocoli
tout arrangé assaisonné
tout croquant l’brocoli

le brocoli et l’travail (et v’là l’travail)
j’me dépêche de faire le brocoli
c’est la chose la plus importante

tout remettre à zéro
c’est l’affaire du brocoli
le brocoli c’est mon frère

en tempura l’brocoli
et j’pense à Barthes comme
je n’y avais plus pensé d’puis longtemps

j’pense que mes pensées
n’sont pas arrêtées par quiconque
seule avec le brocoli

que personne ne vient m’interrompre
d’un à quoi tu penses
puisque l’brocoli est tout vert

[Paris-Madrid et autres cuissons]

comment revenu le sérieux

juste un mot c’est le mot pas celui-ci
lequel est le juste

j’ai un doute
concernant les mots

sous la couverture du sérieux
qui n’est plus

s’épanouissent futilités
s’évanouissent pensées

du sérieux disparu la tectonique
des plaques à côté

comme le geste du dj
bégaierait encore sur sa platine

les mots volent en meute molle
lesquels seraient les justes

sucrerie pianistique & halieutique

La java se danse avec des petits pas à trois temps,
non pas tournés comme dans la valse, mais dandinés.

1. agitations matinales, fonction journal


sam. 8 févr. à 10:33, fonction recherche, 
fonction que puis-je faire pour vous ?
température maximale, température minimale
belles éclaircies, nuages prédominants ce soir


sur le bureau du grand-père de mon grand-père
c’est la java bleue, la java la plus belle
dans la cuisine, le bruit spartiate de la machine à café
la java la plus belle, celle qui ensorcelle,
c’est la java bleue, celle qui ensorcelle,
qu’on danse les yeux dans les yeux

fonction aujourd’hui, qu’est l’aujourd’hui ?
2. dilemme de la petite ville


l’écrire ou y aller, lun. 10 févr. à 10:37

bord de mer, fin du bord de mer
iode, odeurs d’iode, poissons frais, odeurs
respirer le port, l’odeur du port, 
le port comme Pessoa tout entier rôdant vers le port
ses effluves disparus

bord de port autant que bord de mer
différencier les bords, s’attarder aux bords
chapeau, canne à pêche, réécrits quinze mille fois
taquiner le poisson ! canne triomphale soulevée !

fonction auparavant, qu’est l’auparavant ?
3. je parle à ma salle de bains

je lui parle intérieurement, lun. 10 févr. à 15:36
je lui demande où sont mes pastilles pour la gorge
il n’y en a plus alors va te faire un thé, me répond-elle,
j’obéis, c’est tell. prat. d’obéir à la voix

l’odeur de Paul et Virginie c’est le nom du thé
est absol. délic. ensuite du chiffon de mes lunettes
je fais mésusage, j’essuie autre chose
ma distraction vient de la voix qui m’intime

le temps du sablier est écoulé, il y a trois temps
j’en ai choisi un, il a fait le thé c’est écrit quelque part

[fonction rappels, vous n’avez rien de prévu demain]

 

Adel Abidin, Three Love songs, 2010