un calme règne
une lumière blanche étrange
de ces jours sans nom
jours indifférents
exister dans les interstices
un calme règne
d’un autre jour
sa lumière bleutée douce
des questions l’horizon
des réponses l’absence

Édith Msika, maison d'écriture
écrire et ne pas écrire : ce mouvement
[instantanés procédant de condensation et déplacement : tels se présentent les circuits courts]
un calme règne
une lumière blanche étrange
de ces jours sans nom
jours indifférents
exister dans les interstices
un calme règne
d’un autre jour
sa lumière bleutée douce
des questions l’horizon
des réponses l’absence

les gens ont des vies de gens
il est possible que tout soit possible
le je traître, le je extérieur, le je baladeur
tout est faux et répété
il est question d’une miette
avant j’étais une miette
dorénavant je suis une miette
je ne dirai plus rien
(Gesang aurait dû être, Gesang n’est pas, Gesang est impossible,
Gesang est à Schubert ce que la pluie est à l’automne,
si ça continue, Gesang reviendra et ce sera malin, tiens)

les guerres se répètent
les guerres s’aiment étroitement
il existe des alignements de pierres
le regard embrasse
toutes les lignes de fuite
le regard partout terrassé
il existe des lignes de fuite
je n’ai rien regardé
rien gardé
des guerres devant les gares
. absentée .

il y aurait un article indéfini
& un verbe à l’imparfait du subjonctif
sans aucune concordance des temps
aucune
rien ne soulèverait de questions
rien
les alignements seraient conformes
à l’édiction des règles
autour des manques élémentaires
machines épuisées
rotors fragiles
embrayages divagant
souligneraient les gouffres conceptuels
des temps présents
et ça ne suffirait pas, non.

j’ai fait une soupe
MAIS je voyais la page autrement
je suis déçue de la page
je me coupe le pouce
en coupant un légume
je crois que c’était une courge
j’aimais pas les soupes de mémé
mais maintenant c’est la mienne de soupe
ça n’a plus rien à voir
c’est même plus une soupe c’est autre chose
qu’une soupe c’est une soupe la mienne
je me coupe le pouce
je fais cramer le moteur du mixeur
une flamme sort du mixeur
j’ai très peur j’ai vu la flamme sortir
j’ai fait une soupe flamme
j’ai débranché le pied-mixeur
tout ce qui écrit est vrai
tout ce qui est orange est une soupe
je nie le fait que c’est une soupe
c’est une orangée crémeuse
c’est à peine même pas même plus une s.
je me coupe une soupe me loupe
et la page se change
elle court dans le dressing et se change
elle ressort bien nette
c’est la post-vérité soupée
tout est vrai même mémé.

dans le sac en papier un pain et un citron
maintenus bien ensemble contre le bras
le rond du citron ou bien sa rotondité
& la brillance du pinceau de Ribera
dans le pas rapide de la marcheuse
le sac contre son flanc bien serré
contre la laine du manteau la brillance
des plumes du chapeau du philosophe
la croûte du pain au maïs et le jaune du citron
encore ce que personne ne comprend
encore ce qu’il faudrait regarder de très près
passer du temps que la marcheuse
n’a pas forcément mais si elle voulait
avec son sac en papier les dures formes
du pain et du citron rond contre elle
& la brillance du pinceau de Ribera
elle entrerait dans la matière
comme singulière épreuve du peu.
