appauvrissement de mon cerveau :::

j’ai deux idées contradictoires exactement en même temps :
m’asseoir et rester debout,
je vais pour m’asseoir (aller pour s’asseoir ?)
mais au même instant je décide de rester debout
mon cerveau reçoit la double information,
mon corps a une brève hésitation, que je ressens :
je vacille, mon fauteuil, léger, se recule,
je faillis tomber, je ne tombe pas,
mes jambes se déplacent, se replacent,
emportant mon corps dans la pièce connexe

je pense : la marche est la résolution d’un équilibre instable

mais auparavant j’avais pensé : mon cerveau s’appauvrit

le déplacement d’un pas ou deux liquide la contrainte,
dénoue la fixité, déloge le paradoxe, encourt le neuf :
l’accident reste valable à toute invention

je ne sais pas le lien entre
la pensée de l’appauvrissement de mon cerveau
et ma chute possible et son évitement

il n’existe pas de chute possible dans l’hésitation
je pense : une chute serait un renoncement
je pense : chut

 

 

 

Auteur : Édith Msika

Une théorie de l'attachement, P.O.L, 2002 Introduction au sommeil de Beckett, publie.net, 2013 L'enfant fini, Cardère éditeur, 2016

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